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Cameroun: guérir par l’art

Du 16 au 19 juillet 2026, Yaoundé accueille la première édition du FATHECA Festival de l’Art-Thérapie au Kamerun Haus, Maison des Cultures de Bastos. Sous un thème qui interpelle directement : « Dépression au Cameroun : briser les chaînes invisibles par l’art-thérapie », le festival entend faire de l’art un outil de soin, dans un pays où plus de 7 millions de personnes souffrent de troubles mentaux selon l’OMS, et où le tabou reste la principale chaîne à briser.


Le Cameroun affronte en silence une crise de santé mentale d’ampleur nationale. Selon les données de l’Organisation Mondiale de la Santé, plus de 7 millions de Camerounais vivent avec des troubles mentaux ou psychologiques, allant de l’anxiété à la dépression sévère. Un chiffre écrasant dans un pays qui compte moins d’un psychiatre pour 300 000 habitants, concentrés en grande majorité dans les métropoles de Yaoundé et Douala. Dans les zones rurales, l’accès à un suivi psychologique relève encore de l’exception. Pire : dans de nombreuses communautés, les malades sont encore assimilés à des « possédés » et confiés aux guérisseurs ou aux structures religieuses, loin de tout accompagnement médical.

C’est dans ce contexte que le FATHECA prend tout son sens. Le festival ne se présente pas comme un événement culturel ordinaire, mais comme une réponse citoyenne et artistique à un vide institutionnel. L’art-thérapie qui regroupe toutes les pratiques utilisant l’expression artistique comme vecteur de soin psychologique est reconnue par l’OMS comme un levier efficace pour améliorer la santé mentale et le bien-être. Peinture, musique, écriture thérapeutique, danse-mouvement, théâtre : autant d’outils que le FATHECA entend mettre entre les mains du public camerounais, en accès libre et sans condition.
Sur quatre jours, le Kamerun Haus de Bastos se transformera en espace de soin, d’expression et de débat. Conférences et panels réuniront des professionnels de la santé mentale, des artistes et des témoins de parcours de guérison. Des ateliers pratiques d’art-thérapie seront proposés en immersion, tandis que des performances artistiques spectacles vivants, théâtre, expression corporelle nourriront la dimension festive et populaire de l’événement. Des projections documentaires suivies de débats, et des espaces de bien-être dédiés à la méditation et à l’accompagnement individuel, complèteront le dispositif.
Le FATHECA se place également sous le signe de la visibilité féminine. Son égérie officielle, Doriane Menga, incarne une génération camerounaise qui assume publiquement les questions de santé mentale encore largement perçues comme un aveu de faiblesse dans une société où la résilience se porte en bandoulière. Un choix symbolique fort, dans un pays où la pression sociale pèse particulièrement sur les femmes, exposées à une charge mentale et émotionnelle rarement nommée.
Organisé avec le soutien de plusieurs partenaires privés Teena Sight, PidginLanD, ADK Management, Flon Prod, Compagnie Terre des Hommes, Isalen Productions, PACAES et O’Haira Wolet le FATHECA arrive à point nommé dans un agenda national de santé publique qui commence à intégrer la santé mentale comme priorité. L’entrée est libre.

Victoire Nkana

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