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Cameroun/CAPEF : ombre et lumière d’une institution stratégique en pleine croissance

La Chambre d’Agriculture, des Pêches, de l’Elevage et des Forêts du Cameroun revient de loin. Après des décennies dans la vallée de l’incertitude, du fait des crises multiformes et à répétition, l’institution qui était au bord de l’effondrement est en train de se réveiller de son profond sommeil, pour sa renaissance. Un véritable tour de force, une remontada qu’elle doit à la volonté ferme du Président de la république, Paul Biya, qui, à coup de réformes et de réorganisation, a impulsé une nouvelle vitalité à cette chambre consulaire qui peut à nouveau sereinement assumer ses missions de force de proposition, de représentation, de formation et de promotion économique des secteurs agro-pastoraux, forestiers et fauniques au Cameroun.
Paul Martin Mindjos Momeny, Président de la structure, qui ravive cette flamme depuis sa nomination, dit tout dans l’émission « Présidence Actu », diffusée à la Cameroon Radio Television.

… Merci d’avoir pensé à la Chambre d’Agriculture, des Pêches, de l’Elevage et des Forêts du Cameroun (CAPEF : Ndlr), qui a l’opportunité de dire à la communauté nationale et internationale ce que nous faisons, ce que nous sommes.

La Chambre d’Agriculture a aujourd’hui 71 ans, mais toujours aussi mal connue aux yeux de l’opinion. Pourquoi ?

Nous ne pensons pas que la chambre est mal connue. Pour répondre à cette préoccupation, on va cheminer avec elle dans le temps. C’est une institution qui a été créée dans les années 20, en 1921 précisément.

En 1955, il y a eu des réformes, puisque nous étions une chambre commune et puis on a eu la Chambre de Commerce à Douala et la Chambre d’Agriculture ici à Yaoundé.

De 1921 à 1955, on va dire que la chambre a fonctionné comme la principale structure de promotion et développement économique du Cameroun. Donc, c’est ici que le commerce, l’industrie, l’agriculture étaient pensés.

A partir de 1962, il y a eu d’autres réformes qui ont emmené la chambre à se positionner comme un acteur majeur dans le développement économique du pays, notamment pour ce qui nous concerne le développement de l’agriculture et nous avons fait beaucoup de choses. Nous avons participé à la création de nombreuses entreprises publiques et privées, des assurances. On pense qu’on a contribué à tout ce qu’il y a eu comme Amacam, le Crédit agricole, le Fonader que l’État a mis et place. Donc, la chambre avait une place prépondérante dans les initiatives de création de ces institutions-là.

La plupart sont décédées aujourd’hui…

Il faut remettre ça dans le contexte économique. On a eu quelques soucis, notamment les crises économiques des années 80 et les crises économiques et politiques des années 90.

Donc, il y a eu beaucoup de réformes et l’État avait décidé de fermer certaines de ces entreprises, pour des raisons qui étaient liées à notre situation économique.
Je voudrais dire qu’à partir de là, la chambre a quand même connu quelques soucis et on peut dire que nous avons disparu de l’environnement, mais la chambre était là.

Les réformes de 2009 et 2016 et notamment le décret du Président de la république de 2016 à repositionné la chambre sur l’échiquier national et international et aujourd’hui, grâce à ces réformes, nous avons relancé l’institution et je pense que nous existons.

C’est une chambre consulaire, un organe consultatif. Vous êtes consultés par qui, pourquoi et comment ?

Il faut dire que c’est l’une de nos missions principales.

Donc, la chambre est un organe consultatif et à ce titre, nous sommes consultés par le gouvernement dans le cadre des projets de lois qui concernent nos secteurs dans le cadre de la création des organismes et institutions qui concernent nos secteurs. Et, nous pouvons aussi proposer au gouvernement un certain nombre de lois, de règlements et de création des institutions.

Chaque fois qu’il y a un projet de loi qui concerne l’agriculture, l’élevage, la pêche ou la forêt, nous sommes consultés ; nous donnons notre avis. Le gouvernement nous saisit et nous avons pour cela 45 jours. Quand il y a une urgence, nous ramenons ces 45 jours à 15 jours. Nous convoquons le bureau de la chambre et son assemblée, pour débattre de cette question et formulons nos propositions que nous envoyons au gouvernement.

Quelles sont les propositions de lois ou de règlements dont vous êtes le plus fier aujourd’hui ?

Dans le secteur de l’agriculture, je crois que je vais revenir sur ce qui est le plus récent. Il y a la loi sur l’agriculture biologique.

Nous avons fait un certain nombre de propositions au gouvernement, notamment au Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural, qui l’a portée ; nous avons été consultés sur la loi sur les interprofessions et nous avons fait nos propositions au gouvernement, qui ont été prises en compte.

Disposez-vous en interne de suffisamment d’expertises, pour vraiment jouer ce rôle de force de proposition ?

Nous travaillons avec des experts. Nous avons un fichier d’experts qui font un travail technique qu’ils nous soumettent et sur la base de ce travail technique, nous convoquons nos intenses, notamment le Bureau et l’Assemblée plénière, pour examiner ce travail.

Et lorsque nous sommes d’accord, nous transmettons cela au gouvernement.

Comment est structurée la chambre ? Quand se réunit-elle et pour parler de quoi ?

La Chambre d’Agriculture a une Assemblée plénière, qui est l’organe suprême qui débat pour les orientations, la politique de la chambre et c’est là où on arrête toutes les questions liées à nos missions et prestations sur le terrain.

Tout ce que nous avons à faire, nous le décidons en Assemblée plénière. C’est une assemblée qui regroupe 100 membres à raison de 02 membres en moyenne par département. C’est large. Donc, chaque département du Cameroun est représenté à la chambre.

Après cette Assemblée plénière, nous avons un Bureau qui comprend 07 membres dont 06 principalement avec le Secrétaire général, qui participe aux débats. Les autres membres représentent les différentes sections en plus du Vice-président et du Président que je suis.

Les 07 autres membres se réunissent dans les réunions de Bureau, pour proposer à l’Assemblée plénière toutes les questions à débattre. Donc, voilà comment ça se passe. Et, je dois dire que le Bureau se réunit une fois par trimestre et l’Assemblée plénière, deux fois par an. Donc, une fois par semestre.
Et, il faut dire que, parce que c’est une question importante et qui prête aussi à confusion, nous disposons, d’après les textes, d’une administration dont le Secrétaire général est l’animateur.

Dans cette administration, nous avons des directions techniques, des délégations régionales. A travers ces structures, la chambre réalise ses missions sur le terrain.

Une Assemblée plénière, un Bureau, des sections, des délégations, des structures financières… Est-ce que la chambre n’est pas un peu obèse ?

En termes d’obésité, je dirais non, mais je dois dire que c’est une construction des années 60.

Nous sommes actuellement en train de faire des réformes que nous allons proposer au gouvernement, pour décentraliser la chambre. Le Cameroun a adopté une politique de décentralisation. Mais, la chambre est restée très centralisée avec une structure nationale et des délégations régionales. Donc, nous irons vers des chambres régionales de manière à ce que le niveau central soit vraiment dans l’animation, l’appui de ces chambres régionales. Ce projet sera discuté bientôt au niveau de l’Assemblée plénière et je pense que d’ici la fin de l’année, nous allons le soumettre au gouvernement. Et ça répond à votre question.

On n’aura plus de chambre obèse au niveau central, qui doit regarder ce qui se fait dans l’Extrême-nord, le Nord-ouest… Et, chaque région aura sa chambre. C’est la réforme que nous entendons mener.

Comment devient-on membre de la Chambre d’Agriculture et quelle est la durée des mandats ?

La Chambre d’Agriculture travaille pour ses membres et ressortissants. A ce titre, pour bénéficier de l’accompagnement et de l’appui de la chambre, il faut être ressortissant, c’est-à-dire, il faut avoir été inscrit sur le fichier des ressortissants de la chambre.

D’ailleurs, je dois souligner que cette inscription donne droit au vote. Lorsqu’on va renouveler l’Assemblée plénière bientôt, ce sont ces ressortissants qui sont inscrits dans le fichier des membres et ressortissants de la chambre qui seront considérés comme appartenant à la chambre, d’une manière générale.

Maintenant, comment on devient membre de la chambre ? En s’inscrivant comme je l’ai dit et cette inscription, de par les réformes que nous avons menées, donne droit à une adhésion, une cotisation que les uns et les autres payent chaque année. Et nous distinguons parmi ces ressortissants-là les organisations, les coopératives, les associations, mais aussi des individus y compris les exploitations.

Donc, en fonction de ces catégories, il y a des modalités et des conditions et les inscriptions se font au niveau de notre délégation régionale.
Chaque mois, nous faisons le point, pour savoir combien d’inscrits nous avons.

Y-a-t-il un engouement à s’inscrire ?

Nous avons reçu beaucoup d’inscriptions depuis trois ans et je pense qu’il y a effectivement un engouement.

Qu’est-ce qu’on gagne à être inscrit ?

On bénéficie de l’accompagnement de la chambre, qui est beaucoup plus direct et pratique et qui ne connait pas beaucoup de procédures comme on les connaît ailleurs. Nous représentons ces membres et ressortissants partout où il y a des opportunités, pour développer leurs activités.

On bénéficie de la formation, l’accompagnement en termes de promotion des activités économiques et des projets, l’accompagnement dans les investissements.

Vous disposez d’un certain nombre d’unités opérationnelles. Il y en a à Binguela, Dizanguè, Garoua, Ambam… Comment fonctionnent-elles ? Quelle en est la plus value ?

Je voudrais dire que nous en disposons effectivement. Il faut reconnaître que la plus vieille est celle de Binguela, qui a été construite dans les années 60. Donc, nous avons l’Ecole Pratique d’Agriculture de Binguela, qui a fait beaucoup de choses pour notre pays, notamment la formation de la main d’œuvre, la formation des opérateurs économiques dans les secteurs qui sont les nôtres, l’encadrement des entreprises… Binguela a fait tout ça.

En 2021, nous avons reçu pas mal de demandes qui nous revenaient de toutes les régions du pays. On voyait mal comment porter un jeune de Maroua, Kousseri, Yagoua, Bamenda ou d’Akwaya pour Binguela, pour se faire former sur des aspects pratiques. Alors, l’Assemblée plénière a décidé de créer, dans ces régions-là, des écoles.

En 2022, nous avons validé ce projet et en 2023, nous avons commencé à mettre en œuvre ces différentes structures sur le terrain. A ce jour, nous sommes en train de travailler pour leur mise en place.
Dans certaines régions, cela a pris corps; dans d’autres, nous avons encore quelques difficultés de mise en place. Mais, toujours est-il que les formations s’opèrent un peu partout dans la république, malgré ces petites contraintes qu’on peut relever.
Donc, à l’Extrême-nord, nous avons l’Ecole Pratique d’Agriculture et de l’Agroferesterie de Binglé; au Nord, nous avons l’Ecole Pratique d’Agriculture de Sanguéré; dans l’Adamaoua, nous avons l’Ecole Pratique d’Agriculture de Hanloa; à l’Est, l’Ecole Pratique d’Agriculture de Dimako Mongui Sossomba, parce que je dois signaler ici que c’est un de nos illustres prédécesseurs, qui a initié ce grand projet que nous avons poursuivi à notre arrivée ici; il avait créé celle de Sanguéré à Garoua et il avait créé celle d’Ambam. C’est pour cela que l’assemblée a pensé qu’il fallait le reconnaître. C’était une parenthèse.
Nous avons une école à Ambam, pour le Sud; Dizanguè, pour le Littoral; Mounde, pour le Sud-ouest. Et, nous avons reçu un patrimoine pour mettre en place une école dans le Nord-ouest notamment deux propositions à Etuingui et l’autre dans les environs de Ndop.
Pour des raisons que nous connaissons, nous n’avons pas beaucoup évolué.

Mais, nous avons un patrimoine, nous avons une administration à Etuingui et les formations se passent normalement.
Mais, du côté de Ndop, nous avons un patrimoine et nous sommes en train de mettre une administration en place. C’est dire que ce réseau-là existe.

En plus de cela, il y a pas mal de demandes.

Quelles sont les besoins exprimés ?

Des besoins de formations, parce qu’il faut le dire, le système actuel forme des Camerounais dans des processus diplômants. Le jeune qui est ressortissant de la chambre qui a décroché au C.E.P.E. ou B.E.P.C. et qui n’a pas accès à ces écoles qui prennent aujourd’hui au niveau du B.A.C. est perdu. Ce que nous faisons est que nous le récupérons pour lui donner une formation pratique.

Donc, la question du diplôme n’est pas notre priorité. C’est de prendre ces jeunes-là qui sont dans les villages et qui sont même parfois dans des zones périurbaines pour leur donner des formations pratiques sur des spéculations particulières liées à l’agriculture, l’élevage pendant un temps qui ne dépasse généralement pas un an et qui repartent comme des opérateurs.

Là, nous pouvons avoir celui qui va créer sa propre exploitation, celui qui va travailler pour une autre exploitation parce qu’il a tout ce qu’il faut ou celui qui va créer des services aux exploitations.

C’est un complément au système que le gouvernement a mis en place et qui prend en compte ceux qui ne sont pas allés plus loin dans leurs études et espérer dans des écoles classiques.

Quel est le profil des enseignants et qu’est-ce qu’on enseigne ?

Ce sont des techniciens de haut vol, des agronomes, des vétérinaires, des ingénieurs forestiers…que l’État met à notre disposition ou que nous-mêmes nous recrutons, pour mettre à la disposition des écoles.

Donc, ce sont des profils appropriés, puisque lorsqu’on voit nos résultats, c’est très apprécié.
Donc, je voudrais dire que ces écoles sont très courrues et de plus en plus, nous communiquons sur ces écoles, puisqu’on voit qu’il y a de l’engouement pour s’inscrire.

Maintenant, s’agissant des contenus, ce sont des enseignements pratiques. Nous n’allons pas prendre un jeune pour lui donner un cours sur l’élevage, mais pour le former en aviculture traditionnelle par exemple. Nous allons lui donner des éléments qui lui permettent d’être à court terme un aviculteur traditionnel accompli. Pas besoin de trop de théories; ce sont vraiment des incubations, on va dire. On le prend en matinée, on va lui rappeler quelques connaissances en lien avec le domaine et en soirée, il est dans la ferme. Soit le contraire.

Et lorsque ce jeune ressort, il est outillé pour réaliser ce qu’il vient d’apprendre.
Donc, vraiment, c’est quelqu’un qu’on aura formé pour aller directement sur le terrain de la production.

Je dois ajouter qu’il y avait un eu un souci. On a formé un jeune, mais il n’a pas trouvé une opportunité de financement de son activité. On a compliqué ce processus. Pendant la formation, on lui donne les formations sur le crédit agricole, le crédit rural et on fait venir nos partenaires des banques qui donnent ces crédits pour les entretenir sur les modalités d’accès aux financements. Et, lorsqu’ils sortent, d’abord, ils présentent des projets qui sont bancables et ils soutiennent dessus. Après, on les renvoie vers nos délégations régionales qui ont une mission d’accompagnement et à ce moment-là, ils sont pris en charge pour des crédits et financements. Voilà à peu près le mécanisme que nous avons mis en place.

C’est l’occasion d’interpeller les jeunes pour dire que nous sommes une institution de représentation et que l’État a mis à disposition beaucoup de ressources, l’appui, l’encadrement, le financement des projets des jeunes. Nous coopérons avec le Ministère de la Jeunesse et de l’Education Civique; le Ministère des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Economie Sociale et de l’Artisanat; le Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural qui est notre tutelle qui encadre cela.
Donc, j’interpelle les jeunes. Il faut qu’ils viennent, nous allons les former; nous allons structurer leurs projets; nous allons les accompagner vers les guichets que l’État a mis en place.

Binguela, c’est une grande école avec un potentiel infrastructurel impressionnant, mais qui n’est pas utilisé de façon optimale. Faites-vous le même constat ?

Je dois dire que Binguela est en train de renaître et est aujourd’hui dans une phase de croissance. Avec les situations que j’ai évoquées tantôt, l’évolution de la chambre en lien avec le contexte économique du pays, Binguela a fermé les portes, on va dire ça comme ça. C’est en 2001, 2002 qu’on a relancé cette école qui a fermé les portes dans les années 90. Et à partir de 2001, il y a eu ce souci de mettre en place ces infrastructures que nous avons et puis, nous avons travaillé sur les contenus entre 2010 et 2015.

A partir de 2015, la chambre a lancé l’école dans un programme de partenariats. Aujourd’hui, ces partenariats sont payants que ce soit à l’intérieur, que ce soit à l’extérieur.

Nous pensons que l’école est en train de reprendre vie. Mais, évidemment, nous n’avons pas beaucoup communiqué. C’est ce que nous essayons de faire.
J’invite d’ailleurs tous les acteurs qui s’intéressent à la question de l’agriculture, de l’élevage, des pêches et des forêts à visiter cette école. C’est un bien que le Cameroun a et nous avons eu l’occasion de faire visiter cette école à nos homologues africains et je peux dire combien ils sont impressionnés que le Cameroun puisse disposer d’un instrument comme celui-là.

Comme je l’ai dit, nous sommes en train d’élaborer un programme que nous allons soumettre au gouvernement, qui prend en compte les attentes de l’Union Africaine, qui a d’ailleurs fait, il y a quelques mois, une mission au Cameroun, pour évaluer cette école et développer un programme de formations dédiées aux ressortissants de l’Union Africaine, notamment pour ce qui concerne, dans un premier temps, l’Afrique de l’Est, l’Afrique Centrale et l’Afrique de l’Ouest.

Donc, nous travaillons avec les experts de l’Union Africaine, pour soumettre au gouvernement ce programme. Nous pensons qu’il prendra en compte deux volets : premier volet, la réhabilitation et la reconstruction des infrastructures, mais aussi le volet qui porte sur le projet d’enseignement qui va être discuté en fonction de nos différentes écologies dans les différents pays.

Je voudrais donc dire que nous travaillons sur ce projet-là et nous pensons que Binguela va retrouver une position centrale non seulement au Cameroun, mais également en Afrique.
Je dois également dire que la question de la formation pratique où du moins de l’incubation des jeunes aujourd’hui préoccupe beaucoup de pays et nos homologues ont trouvé en Binguela un cadre où on peut résoudre ce problème.

Au niveau interne, nous avons obtenu du Ministre d’État, Ministre de l’Enseignement Supérieur, que je voudrais remercier ici, un agrément pour créer un institut, parce qu’en même temps, nous recevons et c’est une curiosité, pour ces formations pratiques qui ne nécessitent pas des diplômes particuliers, des gens qui viennent nous dire j’ai un doctorat, mais il ne me sert à rien, je voudrais apprendre de façon pratique un métier de l’agriculture.
Donc, nous avons réfléchi et avons vu qu’on pouvait donner à ceux-là un certain contenu. Nous avons créé un B.T.S. grâce au Minesup qui fonctionne depuis cette année et qui se porte à merveille. L’école héberge le B.T.S, mais elle reste une école pratique.

Tout ce que j’ai dit, s’il faut voir l’agriculture dans son sens large, elle concerne l’élevage, les forêts, la pêche, la pisciculture… Je dois dire sur ce terrain que nous n’avons délaissé aucun secteur. Nous avons créé pour la pêche et la pisciculture un important centre que nous sommes en train de mettre en place qu’on appelle Centre Consulaire pour le Développement des Activités Halieutiques de la Capef, qui est le CADAHC qui a des bureaux dans un quartier de Yaoundé, Tropicana, mais qui a obtenu des terres à Ntui dans le Mbam et Kim. Grâce à l’appui du Ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires Foncières, nous avons un important patrimoine foncier, 48 hectares, pour construire ce centre.
Nous discutons actuellement avec des partenaires pour sa réalisation concrète. Le gouvernement nous a demandé de matûrer ce projet. Nous l’avons saisi. Nous attendons la mobilisation des ressources pour le faire et nous attendons sa réponse. Nous aurons là-bas à Ntui un important centre qui va s’occuper spécifiquement des questions halieutiques dont la pêche, la pisciculture. Il va former, encadrer les pisciculteurs, les pêcheurs pour développer les projets portés par nos membres ressortissants dans toutes les régions. Donc, c’est ce que nous sommes en train de faire dans le domaine de la pêche et de la pisciculture.

Dans le domaine de l’élevage, nous encadrons beaucoup plus nos membres et ressortissants dans la mise en place de leurs complexes. Ça peut être des fermes d’élevage dans différentes spéculations. Nous avons des partenariats avec de grands groupes au niveau national ou international.
Pour la filière porcine, nous travaillons avec des partenaires en Europe. Nous sommes en train de construire vraiment avec les acteurs de la filière un important programme de développement de l’activité porcine.

Au niveau du développement de la volaille, nous travaillons avec un grand groupe connu au niveau national avec lequel nous discutons pour développer, promouvoir l’aviculture en général.

On vous a vu dans certaines foires, fora, salons à l’international. C’est pour aller où ?

Merci pour cette question ! Effectivement, nous avons beaucoup voyagé pour essayer de voir ce qui se passe à l’extérieur et comment capitaliser cela pour pouvoir développer les investissements pour nos membres et ressortissants. Donc, la démarche est claire : nous mobilisons nos membres et ressortissants, nous les accompagnons vers ces salons et foires pour qu’ils puissent faire des affaires.

Et, je voudrais souligner ici que c’est l’une des missions principales de la chambre d’agriculture qui n’est pas une mission nouvelle. Nous n’avons qu’à regarder les archives. C’est la chambre d’agriculture qui avait représenté le Cameroun assez souvent à ces différents salons et foires. Nous savons dans nos archives que le Cameroun était à l’honneur en 1974 au Salon de Paris. Donc, il y a très longtemps. Comme je l’ai dit, l’évolution de notre institution ne nous a pas permis de renouer avec cette activité-là. Dieu merci, avec l’appui du gouvernement, nous avons relancé cette activité en 2022 et nous avons trouvé notre place dans un certain nombre de salons, notamment à Rimini en Italie qui est un salon pour les fruits et légumes ; à Paris pour l’agriculture d’une manière générale ; et d’autres salons.
Je dois dire que la chambre a pu s’imposer dans ce secteur aujourd’hui. Et nous voyons que de plus en plus, le gouvernement nous accompagne et attend de nous que nous représentions le pays dans ces différents espaces.

Ces participations ont donné lieu à d’importants projets que nous sommes en train de mettre en place pour nos membres et ressortissants.
Le mécanisme, nous avons des correspondants à l’extérieur. Nous mobilisons les projets que nous envoyons pour que rendus sur place, qu’il y ait des be to be, qu’il y ait la présentation de ce que les uns et les autres veulent voir et puis qu’à la fin, qu’il y ait des accords entre les entreprises elles-mêmes.
Et, pour le reste, quand nous revenons, nous les encadrons.
D’ailleurs, je dois dire que nous sortons de la foire de Tunis, la foire de Rabat et nous avons ramené des accords nous avons soumis l’ensemble du dossier au Ministre des Relations Extérieures, et au Ministre de l’Agriculture et du Développement Rural pour le suivi et pour développer ici un cluster bois. Nous savons que les Chefs d’État ont décidé de la suspension des exportations de bois et les ressortissants du secteur sont venus nous voir pour savoir comment faire. Nous avons commencé à imaginer des solutions. Il reste entendu que nous n’avons pas des opportunités techniques à l’intérieur. Nous sommes allés les chercher à l’extérieur. Voilà qui justifie nos mouvements dans ce sens-là ! Nous avons donc ramené l’opportunité de construire un important cluster bois pour lequel nous discutons avec des partenaires locaux à Ebolowa. Je crois qu’on a obtenu 18 hectares de terres et nous allons faire ça là-bas pour accroître ce que le gouvernement fait, parce que le Ministre des Petites et Moyennes Entreprises encadre avec la Banque Mondiale des clusters de transformation de bois.
Je dois souligner sur ce plan que nous répondons là à une préoccupation du plan d’industrialisation. Nous attendons avec une urgence absolue l’ouverture de la route Ebolowa-Akom 2-Kribi, parce qu’Ebolowa va être pour nous une base arrière de développement des industries. Nous allons tirer un certain nombre d’investissements beaucoup plus vers l’export, parce que je crois savoir que ce que le gouvernement a fait, c’est à Sangmelima dans le Sud, à Lomié à l’Est, je crois Edéa également… Mais, nous allons capitaliser tout ce qui viendra de ces pôles-là pour l’export et ramener les devises.

Nous travaillons également, en accord avec le MINADER et les institutions partenaires que nous n’avons pas encore saisis, pour mettre en place un laboratoire central de contrôle de la qualité des aliments. Nous avons des opportunités. Nous allons bientôt voir avec l’ANOR, le MINADER, les autres ministères, parce que nous avons des urgences, des contraintes.
Nous avons discuté, il y a un mois, par l’entremise du Ministre du Commerce, avec les responsables de l’ambassade de Chine et nous avons obtenu que la Chine a mis une politique de zéro taux de douane sur les produits venant des pays africains dont le Cameroun. Et maintenant, il faut exporter et nous nous sommes rendus compte que nous ne pouvions pas le faire avec une certaine aisance, parce que la qualité n’était pas garantie. Donc, l’un des instruments majeurs pour assurer cette garantie, c’est la disposition d’un laboratoire. Donc, nous voulons pousser le gouvernement à réaliser un important laboratoire central de contrôle de la qualité des aliments.

Nous avons saisi par ailleurs les autorités aéroportuaires pour des entrepôts, parce que nos membres produisent des ananas, des fruits et légumes qui n’ont pas d’unités de conservation. Nous avons saisi la F.A.O pour nous accompagner dans ce projet.

De quoi vit la Capef ?

Je dois dire que par nos textes, la CAPEF dispose de trois sources de financements. Il y a la subvention que l’État donne chaque année à la Chambre d’Agriculture, les taxes affectées, et les ressources propres. Nous veillons sur la mobilisation de ces ressources.

Les rapports avec les différentes tutelles : technique, financière ?

Les rapports avec les tutelles sont encadrés par les textes, mais je dois dire qu’au-delà des textes, il y a le fonctionnement des hommes, des institutions. Et sur ce plan-là, je crois savoir qu’avec la tutelle technique, nous avons de très bons rapports. C’est d’ailleurs l’occasion de remercier ici devant la télévision, le Ministre Mbaïrobe qui nous encadre de façon pointue et qui veille à ce que la chambre n’ait pas de problème saillant. Chaque fois que nous avons une préoccupation, nous ne manquons pas de nous rapprocher du ministre et nous avons toujours la solution qu’il faut. Avec la tutelle financière, c’est la même chose. Je crois savoir que dans les évaluations qui ont été faites, nous avons reçu des bonus d’appuis financiers, d’encadrements financiers.
Je voudrais aussi profiter de la circonstance pour remercier le Ministre Motaze.

Pour terminer, je pense que la chambre porte encore les séquelles d’un passé assez difficile et ces séquelles-là ne sont pas encore parties des esprits. Mais, toujours est-il que depuis notre arrivée ici, nous avons fait de grands efforts pour améliorer un certain nombre de choses en lien avec la gouvernance. Nous mobilisons des ressources, nous les investissons et grâce au travail que nous faisons, nous avons des appréciations positives des deux tutelles. Et sur ce plan-là, il faut comprendre qu’au moment où nous prenons fonction, nous avons trouvé une ardoise de 13 milliards de dettes entre 2000 et 2019. Un audit a d’ailleurs été fait par le Ministre des Finances que je voudrais une fois de plus remercier, parce qu’il a décidé de reprendre l’enveloppe à son niveau en nous libérant. Les autres dettes sociales, fiscales qui tournaient autour de 06 milliards, nous les avons, par nos propres moyens, apurées.
Aujourd’hui, je crois que nous n’avons plus rien vis-à-vis des impôts, de la CNPS. Nous nous sommes mis en règle. D’ailleurs, on a eu les dernières discussions récemment, pour évaluer ce qui restait. Je crois que nous avons tout régularisé. Donc, voilà la situation ! La chambre n’est redevable de personne. Nous sommes d’ailleurs en train de faire un travail de fond qui peut donner l’impression aux retraités qu’ils ne sont pas pris en compte, parce que dans le passé, la chambre n’avait pas les moyens de payer l’ensemble de leurs droits une fois pour les libérer… Nous travaillons actuellement de manière à les libérer une fois.

S’agissant des salaires et autres, la chambre paye ces salaires régulièrement. Je crois d’ailleurs que nous sommes parmi ceux qui payent les salaires le mieux. Nous n’avons aucun arriéré de salaire à la Chambre d’Agriculture. Nous avons réglé toutes ces questions-là. Nous avons même fait des recrutements sur recommandation du CONSUPE et nous payons ces gens-là, parce qu’au moment où nous arrivons, nous avons deux ingénieurs : un agronome et un vétérinaire. On ne pouvait pas évoluer ainsi. Le CONSUPE nous a recommandé de refaire les organigrammes et de procéder aux recrutements des personnels dans les postes clés. Sans en abuser. D’ailleurs, les besoins sont énormes…

Optimiste… Quelle est l’ambition pour le futur ?

Je voudrais dire aux Camerounais et à tous ceux qui peuvent être intéressés par la chambre que le Président de la République a mis entre leurs mains un instrument majeur,vpour une contribution significative au développement des secteurs qui sont les nôtres. Il faut apprendre à la connaître, la côtoyer et cette chambre, au moment où nous avons fait beaucoup de réformes que j’ai évoquées, elle est devenue pour nous un instrument qui vit et qui réalise des prestations découlant de son organisation sur le terrain.

J’invite donc les Camerounais à venir nous rencontrer, voir la chambre, voir ce que nous faisons au niveau central, régional ou dans nos écoles. Cette invitation va beaucoup plus auprès des jeunes et des femmes. Le Président de la République a placé son septennat sur la politique d’encadrement des jeunes et des femmes. Et nous avons des dispositifs pour emmener ces jeunes et femmes vers des opportunités techniques et financières pour qu’ils puissent réaliser leurs activités. Nous pouvons changer beaucoup de choses avec la Capef.

Transcription, Bertrand TJANI

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