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Affaire bébé Mathis : le procès renvoyé au 3 février 2026 après un face-à-face tendu au Tribunal de Mfoundi

L’audience du 14 janvier 2026 a été marquée par les témoignages poignants du père de la victime et de l’accusé, Dagobert Nwafo. Entre révélations sur l’arme du crime, bataille de procédures et larmes à la barre, le verdict se fait attendre.

La salle 4 du Tribunal de Grande Instance de Mfoundi affichait complet ce mercredi. Familles, curieux et médias étaient réunis pour assister à une étape cruciale du procès de l’assassinat du petit Mathis (5 ans et 10 mois). Après un premier renvoi le 10 décembre dernier pour incohérences, les débats ont repris sous haute tension.

Le procès a débuté par un bras de fer juridique. Les avocats de la défense ont contesté la recevabilité de la liste des témoins du ministère public, remise en pleine audience. Invoquant le Code de procédure pénale qui impose un délai de cinq jours avant le procès, la défense a obtenu gain de cause : la liste a été rejetée par la juge.

De même, une tentative du ministère public de faire témoigner des enfants a été balayée par le collège de la défense, s’appuyant sur l’article 322 du Code de Procédure Pénale. Face à cette opposition légale sur l’âge et la capacité des témoins, l’accusation a fini par retirer cette demande.

Le témoignage déchirant du père de Mathis

Appelé à la barre, Ouandji, le père du regretté Mathis, a livré un récit éprouvant. En larmes, il a retracé l’altercation avec Dagobert Nwafo jusqu’au drame final. Le moment le plus pesant de la matinée fut la présentation de la pièce à conviction : un poignard de 40 cm (hors manche). Les détails techniques révélés sont glaçants : le nourrisson a reçu trois coups mortels (cou, bras, flanc) avec une profondeur de pénétration de 24 cm.

Pendant près d’heure d’horloge, Ouandji a répondu aux questions du Ministère public et de la défense tout en relayant les faits de l’altercation entre lui et Wafo Dagobert jusqu’au crime crapuleux.

En rappel, Bébé Mathis a reçu trois coups mortels au coup, au bras et aux côtés avec une pénétration de 24cm du poignard. Au terme de ce témoignage, le ministère public a réclamé le témoignage des enfants mais balayé par le collège de l’accusé s’appuyant sur « l’Article 322 du Code de Procédure Pénale qui permet d’entendre comme témoin toute personne à partir de 14 ans (ou moins si victime) et gère l’incapacité physique ou mentale à témoigner. » pour réfuter le témoignage des enfants qui a conduit le ministère public a retiré cette procédure.

La version de l’accusé : entre colère et « confusion »

À 11h00, Dagobert Nwafo a pris la parole pour livrer sa version des faits, en vertu de l’article 366 alinéa 1. Changeant de ligne de défense par rapport à décembre dernier, il a évoqué une dispute ayant éclaté dans un bar de Ngoa-Ékellé après avoir été traité de « mendiant de bière ».

L’accusé prétend avoir été agressé par le père de Mathis et s’être rendu au domicile de ce dernier uniquement pour « se faire justice » après être rentré chercher une arme. Il affirme que, sous le coup de la douleur et de la confusion, il n’aurait pas identifié les personnes présentes dans le salon avant de frapper. Pris de remords, il a fondu en larmes, provoquant une suspension temporaire de séance.

La juge a par la suite exigé la production du dossier médical de Dagobert Nwafo, censé attester de ses blessures, document évoqué par ses avocats mais absent à l’audience. La défense a indiqué que le dossier se trouvait dans leur véhicule.

Le ministère public s’est opposé à la prise en compte de ce document, estimant qu’il ne permettrait pas d’établir clairement l’origine des blessures, celles-ci pouvant résulter soit des violences alléguées au bar, soit de celles exercées ultérieurement par la foule, avant l’intervention des forces de l’ordre qui auraient conduit l’accusé à l’hôpital.

Le dénouement reporté

Pour l’accusation, la préméditation ne fait aucun doute. S’appuyant sur l’article 276 du Code pénal camerounais, le procureur a souligné que l’accusé a sciemment choisi une arme blanche parmi les quatre qu’il possède pour ôter la vie. Invoquant l’article 74 sur la responsabilité pénale, le ministère public a requis la prison à perpétuité, estimant que l’intention de causer la mort était manifeste.

Malgré la gravité des réquisitions, le procès n’a pas encore livré son épilogue. Suite à un recours introduit par la défense, le tribunal a validé le renvoi de l’affaire.

Le rendez-vous est pris pour le 03 février 2026. Pour la famille de Mathis, l’attente continue. Ce drame, né d’une banale altercation de quartier, rappelle tragiquement que chaque acte de violence peut changer ou briser des vies à jamais.

Luther SANA

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