
Le Ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a procédé, le 06 août 2026 à Yaoundé, au lancement officiel de la campagne cacaoyère 2026/2027 en présence du Ministre de l’Agriculture et du Développement Rural, Gabriel Mbaïrobe, et des acteurs de la filière dont le Fonds de Développement des Filières Cacao et Café, représenté par son Administrateur. L’extrait de l’exposé magistral de Samuel Donatien NENGUE.

« … Les travaux qui nous ont été présentés nous ont donné l’impression qu’il y avait très peu à faire, sinon rien à l’international. On a considéré les 6 % qui reviennent aux pays producteurs de cacao comme étant quelque chose d’irréversible. Je pense savoir que nous n’avons que 6 % sur une enveloppe de 100. Notons là un léger mieux, pour entamer une négociation concertée entre Etats et c’est là que j’en appelle justement aux initiatives qui ont cours, pour qu’il soit mentionné que quelque chose peut être fait de commun accord avec les autres, pour qu’on passe de 6 % par exemple à 7, voire 8 %.

L’Administrateur du FODECC
Ceci serait déjà en soi quelque chose d’intéressant, ce d’autant plus que les partenaires nous poussent de plus en plus vers la durabilité : l’effort qu’il y a à entretenir l’environnent, les forêts, à mettre moins de pression sur la forêt…
Une des contreparties à négocier pourrait être qu’on glisse dans la répartition de la profitabilité dans le secteur, pour consentir les efforts un peu plus au profit des pays producteurs.
Par nature, je suis très optimiste et je pense que ceci est faisable. Et c’est une piste qui mérite d’être explorée.

Deux constats sont faits. Le premier, c’est que, dans les marchés de commodités, la règle principale est que le prix est un déterminant de la confrontation entre l’offre et la demande des produits.
Pour éviter que la spéculation ne progresse et ne s’installe comme la règle, il se trouve dans ce que nous avons suivi malheureusement que le deuxième principe qui est la concurrence pure et parfaite ne se mesure pas dans le cadre des marchés de commodités du cacao et du café.

Et la conséquence, c’est justement que le producteur perçoit marginalement quelque chose comme si on lui faisait une manne alors qu’il est partie prenante à la production de la richesse.

Pourquoi est-ce qu’il n’a pas cette possibilité ? Simplement parce qu’il y a un facteur qui n’est pas connu du producteur et de nos pays. C’est la structure des stocks auprès de l’industrie. Et le jeu se fait au niveau de ces stocks, c’est-à-dire que l’industrie peut invariablement faire baisser les prix, pour les faire augmenter à sa guise en fonction de la mise en marché des stocks. Et l’ignorance, par les producteurs et les pays producteurs de ces stocks, est une faiblesse redibitoire. C’est le premier constat que je fais avant de faire des propositions.

Le deuxième constat, c’est que je me suis simplement interrogé. Je ne souhaite pas que ça crée polémique. Je me suis demandé si les contrats des exportateurs qui sont certes des contrats privés sont des contrats secrets.
J’avoue que je n’ai pas encore eu la réponse à cette préoccupation. Mais, partant du principe que nous sommes partenaires, et si nous sommes partenaires, ça veut donc dire qu’il n’y a pas beaucoup de secrets. Il y a de la discrétion, mais pas de secrets. On pourrait donc imaginer que les prix négociés par les exportateurs soient partagés ne serait-ce qu’au niveau des institutionnels que nous sommes, pour féconder la création ou la structuration des prix d’achat aux producteurs en tenant compte de toutes les contraintes qui ont été relevées, celles liées à la commercialisation, aux infrastructures insuffisantes…

Maintenant, il faut rappeler que j’ai la responsabilité d’une structure et je me réjouis d’être au service des producteurs et de la filière dans son ensemble, c’est celle de mobiliser les ressources et de pouvoir les mettre à la disposition des organes, des filières, pour leur développement.
Et c’est là que j’interviens, pour faire une première proposition. C’est qu’on a mis l’accent sur la transformation locale. Il faudrait effectivement l’accentuer, mais il ne faut l’accentuer que si on installe des règles de concurrence pures et parfaites, parce que autrement, même les unités de transformation vont capter toute la valeur ajoutée et le producteur sera une fois de plus marginalisé alors que les ressources que nous mettons à disposition pour cette construction d’infrastructures sont prélevées sur le prix aux producteurs. Donc, nous pensons que là-dessus, il y a une possibilité.

Le Fonds de Développement des Filières Cacao et Café (FODECC : Ndlr) participe, depuis quelque temps avec les autres acteurs, à géo-référencer les parcelles et les producteurs. Nous en avons 320.000 en ce moment. On a nettoyé le fichier. On était à 360.000. On s’est rendu compte qu’il y a eu doublon. Donc, on est à 320.000.
Le constat que nous avons fait, c’est qu’aucun producteur ne connaît véritablement l’état de son exploitation. Donc, très peu maîtrisent le nombre de plants de cacaoyers qui sont dans leurs parcelles. Très souvent, chacun vous dit qu’il exploite deux hectares, trois hectares… Mais, quand on va dénombrer les arbres, on se rend compte qu’il y a un maximum ou l’équivalent.
En clair, et cela a été dit, je n’invente rien, il y a une solution à trouver à l’immédiat, à court terme, c’est celle de re-densifier les parcelles existantes et de permettre que le producteur ait un peu plus de rendements et qu’il puisse commercialiser beaucoup plus de produits juste par la connaissance de son exploitation. C’est une proposition qui a été faite, parce que c’est une des données que notre activité nous a permis d’appréhender.

L’autre chose que nous indiquons est que la recherche que nous finançons a fait d’énormes progrès. Les cacaoyers d’il y a dix, vingt ans avaient des rendements insuffisants en raison des changements climatiques et autres attaques. Et actuellement, il y a un certain nombre d’initiatives qui ont été prises par la recherche qui sont en vulgarisation. Et, nous pensons qu’en re-densifiant justement le verger ancien, par des procédés de greffage, de remplacement des plants, le producteur peut améliorer le volume du produit mis en marché. Et, en améliorant ce volume, il va certainement avoir un meilleur revenu, mais pas forcément un bon prix, parce que nous avons confondu pendant nos travaux de temps à autre la notion de revenu et la notion du prix. Le prix peut être insuffisant, mais le revenu peut être amélioré. Le revenu intègre beaucoup d’autres paramètres.

Nous disons donc que sur ce volet-là que nous encourageons comme mesure, la connaissance du verger permet au producteur d’accroître ses rendements sur les mêmes espaces sans effort supplémentaire et par ce biais-là, disposer d’un volume important et conséquemment une mise en marché intéressante, pour pouvoir avoir des revenus substantiels.

S’agissant du prix, nous pensons qu’il y a un effort à faire et il peut être fait. Pas forcément seulement au niveau des exportateurs, mais aussi au niveau des transformateurs dont on a parlé. La transformation étant une mixité, nous sommes persuadés que les incitations dont bénéficient les structures installées peuvent être questionnées, pour redistribuer une partie de la valeur aux producteurs. Mais là également, si on est aligné sur ce que le Secrétaire exécutif a dit, c’est-à-dire une organisation structurée des producteurs avec des conventions connues, ça permettrait que les producteurs gagnent un peu mieux, obtiennent un prix meilleur que ce qu’ils pourraient percevoir en n’étant pas organisés. Donc, c’est une possibilité.

Nous plaidons donc pour le renforcement de la structuration des producteurs surtout autour d’un élément qui a été prescrit par le Chef de l’État, Paul Biya, et qui est mis en œuvre par le Ministre du Commerce : construire au minimum trois centres de traitements spéciaux par an. De l’argent existe pour ce faire. Les lieux sont à déterminer. Mais, pour qu’ils soient optimalement distribués, il est important que ce soient là où il y a des coopératives bien structurées, qui sont capables de gérer cette situation. Et dans ces conditions et autour de ces centres-là, on peut espérer effectivement que les producteurs commencent à percevoir quelque chose d’important. Il y a une asymétrie d’informations au niveau du commerce international du cacao, il y a des biais au niveau de l’ignorance du producteur et du système des contrats privés qu’il y a, mais peut-être qu’en fédérant ces deux composantes, on pourrait améliorer le prix et conséquemment le revenu du producteur ».
Bertrand TJANI



