
Monsieur le Procureur général et ministre de la Justice de la République de Gambie, Monsieur le Président de la Commission africaine des Droits de l’homme et des peuples, Mesdames, Messieurs les Commissaires de la Commission africaine des Droits de l’homme et des peuples, Monsieur le Président de la Commission de l’Union africaine, Monsieur le Président de la Cour africaine des Droits de l’homme et des peuples, Madame la Présidente du Comité africain d’experts sur les Droits et le bien-être de l’enfant, Monsieur le Président du Parlement panafricain, Monsieur le Président du Comité des représentants permanents de l’Union africaine, l’Ambassadeur représentant des Organes politiques de l’Union africaine et des États parties à la Charte africaine des Droits de l’homme et des peuples, Monsieur le Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’homme, Madame la Représentante spéciale de l’Union européenne pour les Droits de l’homme, Madame la Directrice exécutive du Centre africain pour les études sur la démocratie et les Droits de l’homme, également coordinatrice du Forum des ONG, Chers partenaires au développement, Mesdames, Messieurs les représentants des Organisations non gouvernementales et des organisations de la société civile, Mesdames, Messieurs les représentants des médias, 1 Distingués délégués, Mesdames, Messieurs, en vos fonctions, rangs titres et grades respectifs, Je mesure l’honneur qui m’échoit de prendre la parole à cette cérémonie d’ouverture de la 87e Session ordinaire de la Commission africaine des Droits de l’homme et des peuples, pour la première fois au nom du Réseau des Institutions Nationales Africaines des Droits de l’homme (RINADH). Je m’empresse de féliciter la Commission africaine pour cette nouvelle étape franchie dans la promotion et la protection des Droits de l’homme à travers le Continent.

Honorables délégués, distingués invités, Le continent africain fait face à une imbrication de défis en matière de Droits de l’homme de plus en plus interconnectés et se renforçant mutuellement. Ces défis exigent non seulement une attention soutenue, mais également une réponse plus intégrée et prospective, fondée sur les principes des Droits de l’homme. Au cours de l’année écoulée, plusieurs sous-régions du Continent africain ont continué à être confrontées à des conflits armés prolongés et à des crises humanitaires aggravées, le Soudan et l’est de la République démocratique du Congo demeurant parmi les zones plus sévèrement touchées. Ces conflits ont entraîné environ 150 000 morts rien qu’au Soudan dans un contexte de sous-documentation massive des décès indirects (famine, maladies, absence de soins, etc.) et plus de 20 millions de déplacés au Soudant et en RDC, une insécurité alimentaire aiguë ainsi que d’innombrables violences sexuelles, détruisant irrémédiablement des vies, des structures familiales et la dignité des populations affectées. Dans de nombreux cas, ces violations surviennent dans des contextes largement dominés par l’impunité et les limites intrinsèques des mécanismes de protection, permettant ainsi aux cycles d’abus de perdurer presque sans conséquence. Parallèlement, la reconnaissance relativement insuffisante de la gravité de certaines de ces situations au niveau universel a entrainé des réponses inadéquates et inconstantes, aggravant davantage la vulnérabilité des communautés affectées et compromettant les perspectives de résolution durable. Parallèlement, la prolifération de discours néfastes, notamment les discours de haine, la désinformation et l’incitation à la violence, continue de représenter un défi croissant à travers le continent.

Dans les contextes électoraux et les situations fragiles, les rhétoriques identitaires et la manipulation de l’information par certains acteurs ont accentué les divisions, alimenté l’intolérance et, dans certains cas, contribué à l’escalade des violences. L’expansion rapide des plateformes numériques a davantage amplifié la portée et l’impact de ces discours, dépassant souvent la capacité des cadres réglementaires et des mécanismes de redevabilité à y répondre efficacement. Ces évolutions soulignent l’urgence de renforcer les mécanismes de gouvernance et de contrôle, afin de lutter contre la diffusion de contenus nuisibles tout en préservant les libertés fondamentales. Pendant que les États africains répondent à ces risques évolutifs, il demeure impératif que les mesures visant à combattre avec raison les discours de haine et la désinformation soient fondées sur une 2 approche basée sur les Droits de l’homme, garantissant la liberté d’expression tout en prévenant ou en réprimant les incitations à la discrimination, à l’hostilité et à la violence, conformément aux standards de la Charte africaine des Droits de l’homme et des peuples. Honorables délégués, chers distingués invités, Le continent continue de faire face à la recrudescence des formes d’exploitation transnationale liées à la mobilité humaine et à l’aggravation des tensions géopolitiques. Les migrants et les réfugiés, dont beaucoup fuient les conflits, la pauvreté et les effets des changements climatiques, demeurent exposés à la traite, à l’extorsion et à de graves violations des Droits de l’homme le long des principales routes migratoires, ce qui souligne la nécessité de renforcer les mécanismes de protection et de redevabilité. Les informations faisant état de cas de torture à des fins de rançon ainsi que du recrutement de citoyens africains au profit de parties à des conflits étrangers illustrent l’expansion des réseaux d’exploitation organisés et l’émergence de défis croissants en matière de prévention et de protection.

Ces évolutions soulignent l’urgence de renforcer la coopération transfrontalière et les systèmes de protection, afin de répondre plus efficacement aux risques transnationaux. Ces défis sont concomitamment aggravés par des déficits structurels persistants de gouvernance, en particulier dans la gestion des ressources naturelles et la protection des Droits socio-économiques et environnementaux. La gouvernance des industries extractives demeure également une préoccupation majeure, alors que la demande mondiale croissante en minerais critiques, portée par la transition énergétique et les avancées technologiques, continue d’accentuer la pression sur les ressources africaines. Si ces dynamiques offrent des opportunités de transformation économique, elles comportent également des risques importants, notamment l’exacerbation des tensions dans les régions riches en ressources naturelles, le partage inéquitable des bénéfices et la dégradation de l’environnement. Ces réalités exigent de renforcer la gouvernance, la transparence et la redevabilité dans le secteur extractif. Alors que les États africains poursuivent des objectifs de développement et d’investissement, il est impératif que l’exploitation des ressources naturelles soit conduite dans le respect des Droits de l’homme, conformément aux nouvelles tendances du Droit international des investissements, de manière à garantir les Droits des communautés autochtones au développement et à un environnement satisfaisant, conformément à la Charte africaine des Droits de l’homme et des peuples. Honorables délégués et distingués invités, Il importe de mettre en évidence que l’évolution rapide des technologies numériques – y compris celle de l’intelligence artificielle – présente à la fois des opportunités importantes et des risques émergents pour les Droits de l’homme à travers le Continent. Faute de mécanismes adéquats de contrôle, de transparence et de garanties centrées sur l’être humain, ces technologies risquent de renforcer les discriminations, de porter atteinte au droit à la vie privée et d’aggraver les inégalités existantes. 3 Les enfants ainsi que d’autres groupes vulnérables sont de plus en plus exposés à l’exploitation en ligne, aux abus et à l’utilisation abusive de leurs données, tandis que les cadres réglementaires et les mécanismes de redevabilité continuent d’accuser un retard par rapport au rythme des évolutions technologiques. Ces tendances soulignent l’urgence de renforcer les mécanismes de gouvernance et de contrôle, afin de s’assurer que la transformation numérique ne se fasse pas au détriment des Droits fondamentaux. Alors que les États et les institutions africains s’engagent davantage dans l’innovation technologique, le RINADH appelle à ce que ces avancées soient guidées par une approche fondée sur les Droits de l’homme privilégiant la redevabilité, l’inclusivité et la protection de la dignité humaine. Dans ce contexte, les Institutions nationales des Droits de l’homme (INDH) occupent une place centrale dans la promotion et la protection des Droits de l’homme à travers le continent. En tant qu’organes indépendants investis d’un mandat étatique, les INDH constituent un trait d’union entre les gouvernements et les populations, soutenant les Droits de l’homme à travers leurs activités de suivi, leurs fonctions consultatives et leur engagement constant auprès des acteurs étatiques et non étatiques. Par leurs interventions visant à faire cesser les violations des Droits de l’homme, leurs actions de promotion de la redevabilité et leur contribution aux réformes législatives et politiques, les INDH jouent un rôle central dans le renforcement des systèmes nationaux de protection. Ces fonctions sont en outre consolidées par leur capacité à porter la voix des communautés affectées et à favoriser le dialogue, ainsi que la confiance entre les différentes parties prenantes. Face à des défis de plus en plus complexes en matière de Droits de l’homme, il est impératif que les INDH disposent de l’indépendance, des moyens et des garanties nécessaires pour exercer pleinement leurs mandats, conformément aux Principes de Paris.

Honorables délégués, distingués invités, Le RINADH souligne la nécessité d’un engagement renouvelé en faveur du renforcement des systèmes nationaux de protection, de l’approfondissement de la coopération africaine et de la garantie que les Droits de l’homme demeurent au centre des réponses apportées aux conflits, à la lutte contre le terrorisme, aux défis de gouvernance, au développement et aux transformations technologiques. Une attention particulière devrait être accordée à la préservation de l’espace civique et à la garantie que les INDH, les organisations de la société civile et les défenseurs des Droits de l’homme puissent exercer leurs activités avec intégrité, librement, en toute sécurité et efficacement. Ces priorités sont essentielles à l’édification de sociétés résilientes, responsables et inclusives sur l’ensemble du Continent. Pour finir, le RINADH réaffirme sa détermination à poursuivre, aux côtés de la Commission africaine des Droits de l’homme et des peuples, des États membres et de l’ensemble des parties prenantes, les efforts visant à consolider la protection effective des Droits de l’homme sur le continent africain.



