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Cameroun : les phénomènes météorologiques extrêmes appellent à un changement de comportements

C’est la substance du point de presse que le Directeur de la Météorologie nationale, Simplice Tchinda Tazo, a donné, le 13 septembre 2021 à Yaoundé, au nom du Ministre camerounais des Transports, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibéhè.

Monsieur le Directeur, comment expliquez-vous les récentes inondations observées dans la ville de Douala ?

Merci de nous donner l’opportunité de nous exprimer sur un certain nombre de phénomènes météorologiques qui se sont produits au cours des dernières semaines dans notre pays, le Cameroun. S’agissant des inondations à Douala, je voudrais rappeler qu’elles impliquent plusieurs facteurs. La réponse à la question est formulée d’un point de vue météorologique. Nous avons observé, pour le cas de Douala, que nous faisons face de plus en plus à de fortes précipitations en 24 heures. Ce qui dépasse la normale. Nous pouvons avoir des inondations d’un point de vue pluviométrique de deux manières, notamment des précipitations qui tombent successivement sur une série de jours et qui par saturation du sol posent des problèmes au niveau de l’écoulement des eaux. On peut également avoir de très fortes précipitations qui tombent sur une courte période. Le deuxième cas est celui de Douala. On enregistre parfois des précipitations qui dépassent les 200 mm en une seule journée. Ce qui crée des inondations.

Nous avons identifié d’autres facteurs, notamment l’aménagement urbain. Ça devient récurrent au point qu’on n’a plus besoin d’être météorologiste, pour savoir qu’au mois d’août, on aura des problèmes d’inondations à Douala, où des gens vivent dans l’eau toutes saisons confondues. C’est un vrai problème. A partir de ce moment-là, quelle qu’en soit la quantité de précipitations qui tombent, on court le risque d’avoir des inondations.

La troisième cause que nous avons pu identifier, c’est l’incivisme. A Douala, on observe des drains, qui sont bouchés tout le temps. Ce qui fait que l’eau crée sa voie. Quand les précipitations arrivent au sol et ne trouvent pas les canaux appropriés, il va sans dire qu’elles iront dans tous les sens. J’ai bien précisé que notre observation est d’un point de vue météorologique, parce que les hydrologues auront aussi à se prononcer sur les questions d’inondations liées au relief.

Le ministre des Transports a signé un accord de collaboration avec le Délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Douala en 2019 (ancienne appellation : Ndlr). L’objectif est d’accompagner la communauté urbaine dans le cadre du développement de la ville résiliente et durable. Nous mettons ainsi des données et des informations à la disposition de la communauté urbaine. Maintenant, il faut qu’elle ait les moyens de réaliser des ouvrages, pour pouvoir résoudre les problèmes d’inondations récurrentes.

Les Camerounais ne sont pas suffisamment informés sur les changements climatiques. Qu’est-ce qu’il y a lieu de faire ?

Pour améliorer cet aspect-là, il faut passer à une phase intensive de sensibilisation sur les causes, les conséquences et les mesures à prendre. Cette sensibilisation-là doit viser tous les acteurs impliqués. D’abord, les populations elles-mêmes, principales victimes ; les médias qui doivent commencer à comprendre la nécessité de diffuser les informations météorologiques ; et les acteurs qui doivent mettre en œuvre les informations qui sont attendues d’eux, notamment les phénomènes météorologiques extrêmes qui ont des impacts sur les ouvrages et autres réalisations qui appartiennent à des secteurs d’activités précis. Je voudrais dire que pour nous, l’objectif est d’avoir des systèmes d’alerte précoce et on y travaille déjà. L’une des réalisations, c’est la numérisation de toutes les archives climatologiques qui a été faite par le ministère des Transports. Aujourd’hui, on est capable, lorsqu’un événement se produit, de regarder dans la base des données s’il s’est produit par le passé, combien de fois il s’est produit par le passé et à quelle intensité. Ce travail va se poursuivre avec la densification des consultations. Il faut un maillage plus dense du territoire avec les stations météorologiques. Nous y travaillons au niveau du ministère des Transports. C’est d’ailleurs l’occasion de solliciter d’éventuels bailleurs, pour accompagner l’Etat dans cette mission-là, parce que ce sont des ouvrages qui coûtent cher. Ces stations vont permettre d’être suffisamment informé et de produire des prévisions fiables. Le gouvernement très sensibilisé sur cette question a déjà procédé à d’importants recrutements de personnels, qui ont été affectés un peu partout sur l’étendue du territoire. Donc, actuellement, nous avons une collecte d’informations qui va de mieux en mieux. Mais, il faut que les prévisions qui sont élaborées soient suffisamment diffusées. J’ai pris l’habitude de dire que les événements extrêmes n’étaient pas bien connus hier. Nous les observons de plus en plus et les médias doivent aussi aider les populations à s’adapter aux changements climatiques avec les nouvelles méthodes tenant compte des informations météorologiques. Les exemples, nous n’allons pas les prendre très loin. Si l’on regarde ce qui se passe dans les pays de l’Occident aujourd’hui avec la question des inondations, dans leurs médias, on ne diffuse plus les informations sans avoir diffusé les bulletins météo. Donc, la sensibilisation, pour que tout le monde prenne conscience de la situation, est très importante.

Nous avons assisté jeudi, 09 septembre 2021, à une averse de grêle à Bana que certains appellent de la neige. Tout en expliquant la différence entre les deux phénomènes, dites exactement ce qui s’est passé ?

Dans le communiqué de Monsieur le Ministre des Transports, il s’agit effectivement d’une averse de grêles qui s’est produit jeudi, 09 septembre 2021 en mi-journée. Cette averse de grêle-là était accompagnée d’une intense activité orageuse. D’un point de vue technique, les appellations qui sont de longues précipitations sont fondées sur le processus de leur formation. On a plusieurs types de précipitations. La neige se forme dans des conditions atmosphériques stables avec une température en surface du sol inférieure à 0°. Et, ça se produit avec des nuages qui s’étalent contrairement à de la grêle, qui se forme dans des conditions atmosphériques instables. Avec la grêle, on a des grêlons qui ont un impact sur la végétation. On remarquera qu’il est également difficile de circuler dans des conditions de production de la grêle contrairement à la neige. On ne peut pas encore avoir de la neige au niveau tropical. Dans la localité de Bana, nous avons essayé d’observer la moyenne des températures, qui oscille entre 18 et 28°. Il faut savoir que les conditions atmosphériques qui prévalent dans la zone sont déjà potentielles à la formation de la grêle. Donc, dans la région de l’Ouest, la chute des grêlons n’est pas un phénomène nouveau. Il nous souvient qu’il y a eu une chute de grêlons même à Yaoundé, en janvier 2001. Comme je l’ai dit dans la précédente question, nous observons une récurrence des phénomènes météorologiques extrêmes, qui vont évoluer en intensité dans certaines zones que d’habitude. Et cela attire l’attention des populations qu’il faut bien sensibiliser et informer.

Quel est l’impact environnemental, social et économique de ces phénomènes ?

L’impact environnemental, social et économique n’est pas évalué par nous-mêmes, mais il est lourd. Comme on peut le constater, les phénomènes météorologiques extrêmes emportent de plus en plus des vies humaines, créent des retards de développement. Les infrastructures qui sont mises en place aujourd’hui sans tenir compte des données météorologiques courent le risque d’être détruites. Ayant numérisé la base des données climatologiques du pays, le Ministre des Transports a saisi ses homologues qui s’occupent des infrastructures, à l’effet de leur demander de bien vouloir envisager des prescriptions à toutes les entreprises qui réalisent des ouvrages importants de prendre en compte les informations météorologiques, pour rendre ces ouvrages plus résilients aux phénomènes météorologiques. Investir aujourd’hui dans le domaine de la météorologie permet donc de gagner dans le développement durable.

Que préconisez-vous pour la suite en cette saison pluvieuse ?

Pour la saison qui est en train de se retirer dans les régions septentrionales, les phénomènes seront moins intenses. Mais, pour la partie méridionale où nous avons deux saisons, nous préconisons la vigilance des populations. Il faut davantage suivre les bulletins météorologiques que nous produisons par jour, un qui sort avant 12 heures concernant la période de 12 heures du jour à 12 heures le lendemain, et un autre à 18 heures qui concerne la période de 18 heures à 18 heures le lendemain. Donc, il va falloir un changement de comportements, les populations doivent être plus attentives aux bulletins d’informations à l’effet de prendre les mesures appropriées face aux phénomènes météorologiques extrêmes qui pourront se produire.

Propos recueillis par Bertrand TJANI

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