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Cameroun : le coton piégé par la hausse des engrais

La Sodecoton fixe un objectif majeur de 440 000 tonnes de coton graine pour 2025-2026, première tentative de franchir la barre des 400 000 tonnes. Mais ce projet se heurte à une hausse mondiale des prix d’engrais estimée à plus de 30 %, menaçant la rentabilité des producteurs camerounais et l’équilibre financier de la filière.

La Société de développement du coton du Cameroun fixe un objectif stratégique majeur pour la campagne agricole 2025-2026. La Sodecoton vise une production record de 440 000 tonnes de coton graine, ce qui constituerait un jalon historique puisque ce volume dépasserait pour la première fois la barre des 400 000 tonnes. Ce programme s’appuie sur la stratégie de relance de la filière cotonnière camerounaise et sur la mobilisation accrue des petits producteurs dans les régions du Nord du pays.
Cependant, ce programme arrive à un moment critique marqué par la montée des coûts de production. La Banque mondiale anticipe une hausse substantielle des prix des engrais en 2026, estimée à plus de 30 pour cent à l’échelle mondiale. Cette envolée des prix n’est pas uniforme : l’urée, engrais azoté fondamental pour les cultures cotonnières, devrait particulièrement subir cette inflation, avec des prix pouvant atteindre 675 dollars par tonne. Ce renchérissement global du coût des intrants s’accompagne d’une volatilité des marchés internationaux susceptible de modifier rapidement les équilibres économiques des producteurs locaux.
Le Cameroun occupe une position particulièrement vulnérable face à cette crise des engrais. Le pays demeure fortement dépendant des importations de fertilisants, car la capacité productive locale ne satisfait que partiellement les besoins du secteur agricole.

Au premier semestre 2025 seul, le Cameroun a dépensé 44,5 milliards de francs CFA pour importer des engrais. Cette charge budgétaire s’alourdit à mesure que les prix mondiaux augmentent, réduisant progressivement la capacité financière de l’État et des opérateurs privés à soutenir la production agricole.
Pour les producteurs de coton camerounais, la situation s’avère encore plus préoccupante. Ces derniers dépendent en effet largement de l’avance des intrants que leur fournit la Sodecoton, c’est-à-dire les engrais, les semences et les produits phytosanitaires nécessaires à la production. Lorsque les prix des engrais augmentent mondialement, les coûts que la Sodecoton doit supporter pour alimenter son programme d’avance aux producteurs augmentent proportionnellement. Cette charge supplémentaire risque d’être répercutée sur les planteurs eux-mêmes, sous forme de frais d’avance plus élevés ou de prix de rachat du coton moins avantageux.

C’est le paradoxe central de cette campagne : produire davantage alors même que les charges de production s’alourdissent. Après une récolte jugée limitée de 286 000 tonnes lors de la campagne 2024-2025, loin des 400 000 tonnes initialement espérées, la Sodecoton doit relancer la machine productive sans pour autant accroître l’endettement des planteurs. Or, si les coûts des intrants se renchérissent sans que les prix de vente du coton n’augmentent proportionnellement, la rentabilité des exploitations diminue, ce qui décourage les producteurs de cultiver davantage.

Le défi des 440 000 tonnes se joue ainsi sur deux terrains simultanément : d’une part dans les champs du Nord Cameroun où les producteurs doivent intensifier leurs efforts et leurs surfaces cultivées, et d’autre part dans la maîtrise des coûts des engrais et de leur répercussion économique sur les petits exploitants. La Sodecoton devra consentir à des efforts budgétaires significatifs pour maintenir le prix des intrants à un niveau supportable, sans quoi le record de production risque de demeurer hors de portée, et la filière cotonnière camerounaise continuera de fonctionner en deçà de ses potentialités.

Victoire Nkana

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