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Cameroun : pourquoi le Système veut la tête de Samuel Eto’o ?

Par Sa Majesté Mbesse Awomo, Mbi-Ntum et Zomlo’o des Yebekolo

« Dans ce pays, on ne vous apprend pas à réussir.

On vous apprend à attendre.

Attendre qu’un parrain vous remarque.

Attendre qu’un notable vous recommande.

Attendre qu’un ministre vous bénisse.

Attendre qu’un ancien vous autorise à exister.

Le Cameroun est devenu un immense élevage de talents domestiqués.

On nourrit les jeunes de promesses, on les abreuve d’illusions et on les tient en laisse avec l’espoir d’une nomination qui ne viendra jamais.

Puis est arrivé Samuel Eto’o.

Son crime ?

Avoir refusé de demander la permission.

Dans un pays où tout le monde s’agenouille avant d’avancer, il a osé marcher debout.

Dans un pays où les carrières se distribuent comme des faveurs féodales, il a osé conquérir une position par lui-même.

Dans un pays où les portes ne s’ouvrent que de l’intérieur, il est entré sans frapper.

Et pas n’importe où.

À la FECAFOOT.

Autrement dit, au cœur battant de la nation.

Car le football n’est pas un sport au Cameroun.

C’est une religion.

Une langue.

Une émotion collective.

Une puissance spirituelle.

Quand les Lions gagnent, le pays respire.

Quand ils tombent, le pays suffoque.

La FECAFOOT est le seul ministère dont les décisions entrent directement dans les salons, les bars, les taxis, les marchés et jusque dans les rêves des enfants.

Celui qui contrôle cette institution tient entre ses mains une partie de l’imaginaire national.

Voilà le véritable problème.

Pas les statuts.

Pas les procédures.

Pas les règlements.

Le problème, c’est qu’un homme que le système n’a pas fabriqué occupe un poste que le système considérait comme sa propriété.

Voilà la blessure.

Voilà la rage.

Voilà la guerre.

Depuis, tout ce qui dysfonctionne au Cameroun semble avoir un responsable unique : Eto’o.

Les routes peuvent s’effondrer.

Les écoles peuvent mourir.

Les hôpitaux peuvent pourrir.

Les administrations peuvent sombrer.

Personne ne bronche.

Mais qu’Eto’o éternue et le pays entier est convoqué à une séance d’indignation nationale.

Quelle étrange obsession.

Quelle étrange coïncidence.

Quelle étrange unanimité.

La vérité est pourtant simple :

On ne lui reproche pas ce qu’il fait.

On lui reproche d’être là.

On ne lui reproche pas ses erreurs.

On lui reproche son indépendance.

On ne lui reproche pas sa gestion.

On lui reproche son exemple.

Car un jeune qui voit Eto’o prendre la FECAFOOT sans demander la permission pourrait avoir une idée dangereuse.

Créer son entreprise sans protecteur.

Faire de la politique sans parrain.

Diriger sans allégeance.

Réussir sans mendier.

Et ça, le système ne peut pas le tolérer.

Parce qu’un peuple libre est difficile à contrôler.

Parce qu’une jeunesse consciente est difficile à acheter.

Parce qu’un homme debout est difficile à soumettre.

Alors on active les réseaux.

On mobilise les obligés.

On réveille les clientèles.

On lance les campagnes.

On distribue les consignes.

Et comme toujours, on demande aux jeunes de combattre celui qui leur rappelle qu’ils peuvent se passer de maîtres.

La peur n’est pas qu’Eto’o échoue.

La peur est qu’il réussisse.

Car si Eto’o réussit, des millions de jeunes comprendront soudainement que les chaînes qu’ils portent depuis des décennies n’étaient peut-être attachées à rien ».

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