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Nécrologie: le Cameroun perd le détenteur du plus long règne parlementaire d’Afrique

Ancien président de l’Assemblée nationale du Cameroun, Cavayé Yégué Djibril est décédé le 6 mai 2026 dans son village natal de Tokombéré, dans la région de l’Extrême-Nord. Il était âgé de 86 ans.

Né le 1er janvier 1940 à Mada, dans la région de l’Extrême-Nord, Cavayé Yégué Djibril est issu d’un milieu modeste. Après ses études à Maroua et Garoua, il entame sa carrière en 1960 comme pédagogue d’éducation physique et sportive, avant de rejoindre le Centre régional d’EPS de 1960 à 1963. Il enseigne ensuite à Maroua puis est nommé inspecteur interministériel du Grand Nord en 1965.

En 1971, il devient Lamido  chef traditionnel de Mada, titre qui lui confère une autorité naturelle et un ancrage profond dans sa communauté. Ce double statut, notable traditionnel et homme de l’État forgera toute sa trajectoire.

 De l’enseignant au perchoir

Son entrée en politique se fait en 1970 à l’Assemblée législative du Cameroun oriental. Trois ans plus tard, en 1973, il est élu député du Mayo-Sava à l’Assemblée nationale un mandat qu’il n’interrompra plus pendant cinq décennies. En 1975, il intègre le Comité central de l’Union Nationale Camerounaise (UNC). En 1983, il est élu deuxième vice-président de l’Assemblée nationale.

En 1985, lorsque le président Paul Biya transforme l’UNC en RDPC, Cavayé est maintenu au Comité central du nouveau parti. Il occupe le poste de deuxième vice-président pendant cinq ans, avant de faire un détour par l’administration préfectorale comme adjoint au préfet du Diamaré entre 1988 et 1992. Un retrait temporaire. Car en mars 1992, il revient à l’Assemblée nationale et accède, le 31 mars, au perchoir.

 34 ans de règne : un record africain

Ce qui devait être un mandat parmi d’autres deviendra un règne historique. De 1992 à 2026, Cavayé Yégué Djibril préside l’Assemblée nationale du Cameroun pendant 34 ans sans interruption un record absolu dans l’histoire parlementaire africaine, et probablement dans le monde francophone. Il est réélu à la tête de la chambre basse à 32 reprises.

Durant cette période, il préside six cérémonies d’investiture présidentielle, de la réélection de Paul Biya en 1997 jusqu’à la plus récente en 2026. Membre influent du Bureau politique du RDPC, il occupe pendant plus de trois décennies la troisième position dans la hiérarchie de l’État.

 Le 17 mars 2026, Théodore Datouo lui succède à la présidence de l’Assemblée nationale. Trente-quatre ans, balayé en une séance. Deux mois plus tard, le 6 mai, Cavayé Yégué Djibril rend l’âme. Il n’aura pas survécu longtemps à la perte du pouvoir.

Il avait refusé de quitter son village. Cavayé Yégué Djibril a choisi de mourir à Mada-Kolkoch, là où il était né, là où il régnait en Lamido depuis 55 ans. Conformément à la tradition musulmane, il a été inhumé hier soir. Discret jusqu’au bout. Mais derrière ce départ presque intime, c’est une page de plus de cinquante ans de vie politique camerounaise qui se referme.

Cavayé Yégué Djibril laisse derrière lui une empreinte difficile à résumer celle d’un homme qui, à la fois, incarnait la stabilité institutionnelle du Cameroun et en portait les contradictions. Il est parti là où tout avait commencé, à Mada, comme s’il avait voulu que le cercle soit parfait.

Victoire Nkana

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