
Le Pr Corine ESSE, Conseiller Technique au Ministère des Travaux Publics, Maître de conférences à l’Université de Yaoundé II-Soa et Chef du département Communication des Organisations de l’Ecole Supérieure de l’Information et de la Communication profite de la Journée internationale de la femme, célébrée ce 08 mars 2026, pour interpeller la conscience collective, mais davantage les pouvoirs publics au sujet de la condition critique de la femme camerounaise.

1- Madame, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Je suis Madame Corine ESSE, Conseiller Technique au Ministère des Travaux Publics, Maître de conférences à l’Université de Yaoundé II-Soa, Chef du département Communication des Organisations de l’Ecole Supérieure de l’Information et de la Communication, mère de famille, membre de plusieurs associations, aussi bien à caractère politique, sociale et scientifiques. Mon activité professionnelle réside essentiellement dans le multi-métier où je m’efforce de donner du sens à ma présence, à la fois au Ministère des Travaux Publics et à l’ESSTIC.
2- Les femmes du Cameroun se joignent à la communauté internationale pour jeter un regard sur leurs devoirs et droits à l’occasion d’une journée à elles dédiée. Selon vous, s’agit-il d’une célébration ou d’une commémoration ?
La Journée internationale consacrée aux droits des femmes est un mélange hybride de célébration et de commémoration, agissant comme un levier d’engagement. Si les festivités (défilés, tenues) dominent visuellement, elles servent de vitrine pour commémorer les luttes passées, évaluer les avancées et réclamer des droits. Ces luttes se poursuivent d’ailleurs à travers des prises de position lors des conférences, tables-rondes organisées à cette occasion. Il s’agit surtout, de mettre en exergue, les efforts réalisés sur le plan institutionnel en ce qui concerne les politiques publiques en faveur des femmes, mais aussi, de prolonger le plaidoyer mené par des associations, des femmes elles-mêmes pour plus de droits et d’équité à leur bénéfice et en faveur des filles.
3- Les manifestations, au Cameroun, se déroulent dans un contexte marqué par une actualité brûlante : les feminicides. Quelle est l’analyse que vous faites de ce phénomène inquiétant ?
Il est difficile de ne pas s’attarder sur ce phénomène qui va grandissant dans notre société. En Afrique, les violences faites aux femmes sont désormais un phénomène banal. En 2021, une étude de l’Organisation mondiale de la Santé établissait que 65 % des femmes en Afrique centrale et 40% en Afrique de l’Ouest en ont subi. Au Cameroun, en particulier, les chiffres communiqués par diverses sources associatives et institutionnelles, depuis le début de l’année 2023, sont accablants. L’on note en l’occurrence, une montée constante des féminicides largement relayés dans les réseaux sociaux. Ce phénomène montre à suffisance que nous avons besoin d’enrichir notre outil juridique et à cet effet, une loi contre les violences basées sur le genre est un impératif. Le code de la femme et de la famille pourrait également être d’un apport indéniable, quand on sait ce que plusieurs femmes vivent ou subissent au quotidien. Les conflits dans certaines régions exposent les femmes et les filles à des fléaux et violences divers. Les discussions et plaidoyers doivent donc dépasser le cadre des tables-rondes ou des milieux huppés, pour investir les zones où des femmes n’ont pas droit à la parole, où elles peinent encore à être scolarisées entre autres.
4- Les femmes ont de plus en plus voix au chapitre dans la vie de la nation camerounaise. En témoignent les derniers discours du Chef de l’État. Mythe ou réalité ? Quel est l’accueil que vous faites de ces sorties du Président de la république ? Quelles sont les réelles attentes de la femme camerounaise ?
Alors, l’amélioration de la représentativité des femmes est réelle, nous le vivons, même si des efforts doivent davantage être faits. Il faut de prime abord relever que nous allons difficilement atteindre des objectifs de parité, pour des raisons diverses. Plusieurs blocus subsistent à la volonté des femmes et ils sont notamment liés à l’accès à certaines professions, à la libre expression, à nos us et coutumes, à la formation et aux mesures incitatives en faveur des femmes.
S’agissant particulièrement des annonces du Chef de l’Etat, il faut noter une certaine constante dans ses positions et décisions pour ce qui est des femmes. Les visages féminins se sont accrus à tous les niveaux et nous souhaitons plus.
Les attentes de la femme camerounaise sont globalement indissociables de nos objectifs de développement et sont particulièrement liés à une autonomisation sur le plan économique. Les femmes constituent un potentiel et à cet effet, devraient être plus impliquées dans la mise en œuvre de la politique d’import-substitution. Pour cela, l’amélioration de l’accès au crédit, les facilités liées à l’auto-emploi et à la création d’unités de production pourraient davantage croiser les attentes des femmes.
5 – Quel est le sens à donner au thème de la 41e édition de votre journée ?
Un rappel au renforcement du dispositif juridique de protection des femmes et des filles et surtout une alerte pour plus d’actions face aux féminicides.
6 –Une autre préoccupation particulière…
Je vous encourage simplement à donner du sens à ce plaidoyer en faveur des femmes au moment où nous célébrons la journée du 8 mars et surtout à vous constituer comme un vecteur pour lutter contre la montée des féminicides.
Propos recueillis par Bertrand TJANI



