Input your search keywords and press Enter.

Camtel : l’analyse de l’avis d’appel d’offres à polémique qui réduit au silence

Depuis quelques jours, un avis d’appel d’offres de la Cameroon Telecommunications (Camtel) relatif à la fourniture de calendriers et d’agendas pour l’année 2027 suscite de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Au centre des débats, un coût prévisionnel de 133 millions de Fcfa Ttc, pour la réalisation de cette prestation. L’analyse interpellatrice de Larry NNOMO, Directeur de la publication « LIBRE OPINION ».

« Comme de nombreux citoyens, j’ai été interpellé par ce montant. J’ai donc pris le temps de lire le document et d’examiner les réalités juridiques et techniques qui entourent ce type de marché public. Après analyse, une conclusion s’impose : rien ne permet, à ce stade, de parler de détournement de fonds.

Il est important de rappeler ce que contient réellement cet appel d’offres. CAMTEL prévoit l’acquisition de 3 000 agendas classiques, 1 100 agendas VIP, 5 000 calendriers muraux, 8 000 calendriers bancaires, 3 000 calendriers de bureau et 3 600 sous-mains, soit près de 24 000 supports de communication destinés à ses partenaires, clients et administrations.

Le montant prévisionnel annoncé est de 133 millions de FCFA TTC. Naturellement, lorsque l’on divise ce montant par le nombre total d’articles, on obtient une moyenne d’environ 5 600 FCFA par unité. Pour beaucoup de citoyens, ce chiffre paraît élevé. Cette interrogation est parfaitement légitime.

Cependant, il faut éviter une erreur fréquente : croire que tous les articles ont la même valeur. Un agenda VIP n’a évidemment pas le même coût qu’un calendrier bancaire. De même, le montant d’un marché de ce type ne couvre pas uniquement le papier et l’impression. Il intègre généralement la conception graphique, les maquettes, les épreuves, les travaux de personnalisation, les reliures spécifiques, les finitions haut de gamme, l’emballage, la logistique, la livraison, les charges fiscales ainsi que les diverses contraintes techniques imposées dans le cahier des charges.

Surtout, il convient de préciser un point essentiel du droit des marchés publics au Cameroun : les 133 millions de FCFA ne constituent pas le montant du marché attribué mais une estimation prévisionnelle.

Avant tout lancement d’un appel d’offres, le maître d’ouvrage est tenu de réaliser une estimation financière destinée à évaluer le coût probable de l’opération. Cette estimation permet de préparer le budget et d’encadrer la procédure. Le montant final peut être inférieur, voire sensiblement inférieur, selon les offres qui seront soumises par les entreprises concurrentes.

Autrement dit, l’avis publié par CAMTEL n’annonce pas qu’une entreprise a déjà reçu 133 millions de FCFA. Il indique simplement qu’une enveloppe prévisionnelle de ce niveau a été retenue pour la consultation.

Cela signifie-t-il que les citoyens doivent se taire ? Certainement pas.

Dans une République moderne, questionner l’utilisation des ressources publiques est un droit et même un devoir citoyen. Demander comment un montant a été évalué, souhaiter connaître les spécifications techniques ou s’interroger sur la pertinence d’une dépense relève d’une démarche normale de contrôle citoyen.

En revanche, affirmer l’existence d’un détournement sans preuve serait une autre affaire.

Certains Camerounais font également remarquer que CAMTEL devrait d’abord résoudre les problèmes de qualité de service avant d’engager des dépenses de communication. Cette critique relève d’un débat sur les priorités de gestion de l’entreprise. Elle peut être entendue et discutée. Mais elle ne constitue pas, en elle-même, la preuve d’une irrégularité financière.
CAMTEL est une entreprise publique qui :
dispose de plusieurs lignes budgétaires ;
mène simultanément des investissements techniques, commerciaux et institutionnels ;
utilise traditionnellement les calendriers et agendas comme supports de communication auprès des administrations, entreprises partenaires et clients.
La question n’est donc pas de savoir si CAMTEL a le droit d’acheter des agendas, elle l’a, mais plutôt : le volume commandé et le coût estimé correspondent-ils réellement aux besoins de l’entreprise ?
C’est là que se situe le véritable débat.

À ce stade, les faits sont simples : un appel d’offres a été publié conformément aux procédures en vigueur ; un coût prévisionnel a été annoncé ; aucune attribution n’a encore démontré une surfacturation ; aucun élément public ne permet d’établir un détournement.

La bonne gouvernance exige la transparence. La transparence exige les questions. Mais l’État de droit exige également que les accusations soient fondées sur des preuves.

C’est pourquoi, en l’état actuel des informations disponibles, la position la plus responsable est la suivante : oui aux interrogations citoyennes, oui à l’exigence de transparence, mais non aux conclusions hâtives.

À ce jour, rien ne permet d’affirmer qu’il y a eu détournement ».

Bertrand TJANI

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *