
Chaque année, le Cameroun dépense des milliards de FCFA pour importer du poisson qu’il pourrait produire chez lui. Le Salon international de l’aquaculture, ouvert ce 2 juin 2026 à Yaoundé, sonne comme une déclaration de guerre à cette dépendance avec des milliards engagés, des accords signés et une ambition affichée : faire de la mer et des eaux camerounaises un vrai levier économique.

Le Cameroun a officiellement lancé ce lundi 2 juin 2026 la première édition du Salon international de l’aquaculture du Cameroun (SIAC 2026). C’est le ministre de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales, le Dr Taïga, qui a présidé la cérémonie d’ouverture, en rappelant d’emblée que le développement de l’aquaculture s’inscrit dans la politique de modernisation agro-pastorale impulsée par le président Paul Biya une politique dont l’ambition centrale est de réduire massivement les importations de poisson et d’améliorer la balance commerciale du pays.
Le ministre n’est pas venu les mains vides. Sur le plan financier, le gouvernement a transféré 5 milliards de FCFA à la Banque camerounaise des petites et moyennes entreprises en 2025 pour soutenir les acteurs du secteur. Pour 2026,l’enveloppe monte à 6,5 milliards de FCFA. Au-delà de la BC-PME, une convention a été signée avec la Commercial Bank-Cameroun, assortie d’un transfert de 6,3 milliards de FCFA au titre du fonds de préfinancement et de 1,5 milliard de FCFA pour le fonds de garantie. Au total, c’est plus de 19 milliards de FCFA mobilisés pour doper une filière longtemps négligée.

Sur le plan diplomatique, un accord de coopération technique a été conclu entre le Cameroun et le Royaume du Maroc à Meknès, visant le renforcement des capacités et le partage d’expertise dans les domaines de la pêche et de l’aquaculture. Autre signature notable de la cérémonie : une convention de partenariat entre le ministère de l’Élevage et le Port autonome de Kribi, destinée à mettre à disposition des investisseurs des espaces sécurisés et adaptés au développement de projets aquacoles de grande envergure. Les promoteurs sont désormais invités à se rapprocher du PAK pour explorer ce nouveau cadre d’opportunités.
Sur le terrain, les acteurs de la filière attendent des actes concrets. Emmanuel, exposant venu de la région du Nord, a pris la parole pour plaider une valorisation accrue de l’aquaculture dans les régions septentrionales, estimant que le potentiel de cette activité demeure largement sous-exploité alors qu’il pourrait générer des emplois et améliorer les revenus des populations locales.
Le SIAC 2026 se déroule sur plusieurs jours et réunit producteurs, investisseurs, chercheurs, institutions financières et partenaires techniques autour des enjeux de la production halieutique et de la sécurité alimentaire. Un carrefour qui illustre, selon les autorités, la volonté de faire du partenariat public-privé le moteur de la transformation du secteur.
Le poisson que le Cameroun importe chaque année par containers entiers, il peut le produire dans ses fleuves, ses lacs et le long de ses 400 kilomètres de côtes.
Le SIAC 2026 ne sera qu’un rendez-vous de plus ou le début d’une véritable révolution bleue. C’est aux chiffres de la prochaine édition qu’on le saura.
Victoire Nkana



