
Depuis 2022, le Cameroun pleure ses créateurs de contenu les uns après les autres. Accidents de la route, maladies fulgurantes, morts mystérieuses retrouvés en état de décomposition : la liste s’allonge, les circonstances interrogent, et la toile vacille entre hommages sincères et spéculations incontrôlées. De la tiktokeuse Aline Zogo fauchée par un officier ivre au Dr Pétrolier retrouvé seul dans son luxueux appartement, en passant par la série noire de 2023 qui emporta Cabrel Nanjip, Samy Lenwr et Blaise Kalaba en moins d’un mois, puis Critiqueur 2.0 en 2025 chaque disparition laisse davantage de questions que de réponses.
Le cas le plus récent date de ce matin la jeune Danielle Mouaffo âgé d’une vingtaine d’année décédée dans la nuit dans un taxi. Jusqu’à présent la cause de son décès reste inconnue. La créatrice de contenu s’est révélée grâce à son terme « tout le monde skin care » , reconnu pour sa gentillesse elle laisse ces abonnées dans l’émoi. Plusieurs jours avant, la toile a tremblé une fois de plus mais de la manière la plus atroce et cette fois ci c’est le macabé de Tshatchoua Biyo ange qui répondait au nom « Dr Pétrolier ». C’est une odeur persistante qui alerta d’abord les voisins. Puis ce furent les forces de l’ordre qui forcèrent la porte. À l’intérieur de son appartement de haut standing loué selon des sources à plus d’un million de FCFA par mois. Sur la plateforme, il se présentait comme un homme d’affaires générant 20 millions de FCFA par mois dans les secteurs de la décoration et du service traiteur. Tout alimentait une image aussi fascinante que controversée. L’enquête ouverte par les autorités a rapidement buté sur une contradiction majeure : aucune activité commerciale déclarée, aucun investissement productif visible susceptible de justifier de tels flux financiers. À ce jour, les causes officielles du décès n’ont pas été rendues publiques.

Fin novembre 2025, la toile camerounaise apprenait avec stupeur la mort de Luciano, connu sous le pseudonyme Critiqueur 2.0. Âgé de seulement 21 ans, ce jeune créateur s’était fait un nom grâce à des vidéos commentant l’actualité sociale, culturelle et spirituelle du Cameroun, avec une franchise qui lui avait bâti une communauté fidèle et engagée. Sa mort, survenue « des suites d’une courte maladie ». selon les médias locaux, n’a jamais été détaillée davantage. Cette ambiguïté sur les circonstances exactes a eu a alimenté, une fois de plus, les spéculationet théories sur les réseaux sociaux. Une voix s’était éteinte, trop tôt, sans explication.
L’année 2023 restera dans les mémoires comme une année d’horreur du showbiz numérique camerounais. En moins d’un mois, quatre influenceurs-humoristes disparurent dans des accidents de la circulation, soulevant une vague d’indignation nationale.
Le 15 juin 2023, l’humoriste Cabrel Nanjip perdait la vie sur la Route Nationale N°3, à Boumnyebel, après que son véhicule entra en collision avec un camion. Comédien populaire sur les réseaux sociaux, révélé lors de la CAN 2021. Son décès provoqua un deuil immédiat dans tout le pays. Vingt jours après Cabrel Nanjip, Samy Lenwr acteur, web-comédien, photographe décédait dans un hôpital de Yaoundé des suites d’un accident. Percuté une semaine plus tôt par une voiture à Kribi alors qu’il réalisait des contenus. Les circonstances exactes de son décès jusqu’à ce jour sont restées non élucidées. À peine la nouvelle de Samy Lenwr digérée, la toile apprenait la mort de Blaise Kalaba, Sur l’axe Douala-Bafoussam. Le chauffeur du véhicule dans lequel il prenait place se retrouva en sens inverse et cogna de plein fouet un bus de General Express. Tous les passagers du petit véhicule périrent. « Je vous reviens bientôt avec de belles vidéos. » était la dernière phrase publiée sur le mur du comédien.
On pourrait dès ce moment relevé un dénominateur commun dans ces trois décès : morts par accidents. Toujours dans ce registre des accidents, l’humoriste comédienne Miss Ngatcho fut grièvement blessée puis mourut à l’ instant même par accident de moto percutant un camion du côté de Nkoabang. Des décès qui ont soulevés des interrogations sur la toile, sans oublier des suppositions de la part des internautes a l’instar de Laura Kaméni, qui affirmait avoir anticipé ces morts et alertait sur une cinquantaine d’autres jeunes créateurs « entraînés dans des loges ». Si ces propos furent largement relayés, ils révélaient le trouble profond d’une communauté incapable de comprendre.
Cependant, Deux semaines auparavant, la tiktokeuse Madame Cooper avait rendu l’âme à l’Hôpital général de Douala dans des circonstances que les médias n’ont pas clairement établies. Le cas d’Aline Zogo est celui qui fit le plus de bruit, parce qu’il désigna clairement un responsable. Dans la nuit du 29 au 30 juin 2022, cette tiktokeuse de 62 500 abonnés, employée dans une agence de la BEAC à Yaoundé et enceinte de son premier enfant, sortit de chez elle à bord de sa Toyota Yaris pour aller récupérer un repas commandé au Carrefour Bastos.
À l’entrée du Palais de l’Unité, près du Mont Fébé, sa yaris fut percuté de plein fouet par un vehicule conduisant en état d’ébriété et à contresens. Des bouteilles de whisky vides furent retrouvées dans cette voiture. Au-delà de l’émotion légitime, ces décès successifs dessinent des réalités structurelles. D’abord, l’insécurité routière: les axes Douala-Yaoundé, Douala-Bafoussam et les routes périurbaines de Yaoundé ont emporté plusieurs de ces jeunes talents. Camions sans contrôle, chauffards en état d’ivresse, voies dégradées : la route tue sans distinction. Ensuite, hermétisme entourant les morts non accidentelles. Quand Critiqueur 2.0 décède à 21 ans d’une « courte maladie » sans précision ; quand Dr Pétrolier est retrouvé seul, décomposé, avec des finances inexpliquées et Le manque de transparence des institutions sanitaires et judiciaires face aux décès de personnalités publiques, cela restent un problème démocratique au Cameroun. Enfin, la condition précaire des créateurs de contenu : jeunes, populaires, souvent sans filet de sécurité sociale, exposés à une pression permanente de performance, de visibilité et parfois à des fréquentations douteuses que leur notoriété attire. La toile camerounaise leur offre une scène ; elle ne leur garantit ni protection, ni avenir.
La Rédaction






