Après avoir touché des sommets historiques fin 2024, le marché du cacao s’effondre. Sous le poids d’une demande qui s’effrite et de perspectives d’approvisionnement améliorées, les prix ont dégringolé de plus de 6 000 dollars en quelques mois, marquant un tournant radical pour l’industrie du chocolat.
L’euphorie est retombée aussi brutalement qu’elle était montée. Le marché mondial du cacao, qui avait enflammé les bourses en atteignant un pic stratosphérique à plus de 12 900 dollars la tonne en décembre 2024, est en pleine correction. En ce début d’année 2026, la tonne de fèves s’échange aux alentours de 4 400 dollars, représentant une chute vertigineuse d’environ 65% par rapport au record de l’an passé. Cette débâcle, qui ramène les cours à leur plus bas niveau depuis près de deux ans, sonne le glas d’une période de flambée historique et révèle les nouvelles fractures d’une industrie en pleine mutation.
Les Facteurs d’un Krach
La brutale inversion de tendance est le résultat d’un alignement de facteurs négatifs qui ont lourdement pesé sur les cours.
· L’effondrement de la demande : Le principal moteur de la baisse est un net recul de la consommation. Les données de broyage (transformation des fèves), indicateur clé de la demande industrielle, sont en forte baisse, notamment en Europe, premier centre de transformation mondial. Au quatrième trimestre 2025, le broyage européen a chuté de 8,3% sur un an, un repli bien plus marqué que prévu par le marché. Face au coût exorbitant de la matière première, les fabricants ont drastiquement réduit leurs achats, reformulé leurs recettes pour utiliser moins de cacao, et reporté la constitution de stocks.
· Le retour d’une offre plus abondante : Du côté de l’offre, les perspectives se sont éclaircies. Les prévisions de récolte pour la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, se sont améliorées avec le retour de pluies bénéfiques. Après plusieurs saisons de déficit, le marché anticipe désormais un excédent pour la campagne 2025/26, contrastant fortement avec la pénurie qui avait alimenté la hausse. Par ailleurs, un engorgement des fèves dans les ports ivoiriens, dû à des retards dans l’octroi de licences d’exportation, a créé une impression de surplus immédiat sur le marché.
· Le reflux de la spéculation : Enfin, la fièvre spéculative qui avait amplifié la hausse en 2024 s’est estompée. Les fonds d’investissement qui avaient massivement parié sur la montée des prix ont liquidé leurs positions, accélérant la descente des cours.
Un Impact Différé sur les Tablettes
Malgré l’effondrement des prix de la matière première, une baisse significative du prix des tablettes de chocolat en magasin n’est pas pour tout de suite, voire incertaine.
· Un décalage dans le temps : Les industriels travaillent avec des stocks achetés plusieurs mois auparavant, à des prix bien plus élevés. La baisse actuelle des fèves mettra du temps à se répercuter sur leurs coûts de production.
· Des coûts persistants : Les marges des fabricants ont été sévèrement compressées pendant la crise. Ils pourraient chercher à les restaurer avant d’envisager des baisses de prix.
· Stratégies déjà en place : Pour s’adapter à la flambée passée, l’industrie a déjà eu recours à la « shrinkflation » (réduction des tailles des tablettes) et à la reformulation des recettes. Ces changements sont structurels et peu susceptibles d’être entièrement inversés.
Perspectives : Un Nouvel Équilibre à un Niveau Rehaussé
Les experts s’accordent à penser que le marché entre dans une nouvelle phase.
· Stabilisation à un palier élevé : Si les prix ont fondu, ils restent à un niveau historiquement haut, environ le double de la moyenne observée entre 2012 et 2022 (environ 2 525 dollars/tonne). Les tensions structurelles (vieux vergers, concentration de la production en Afrique de l’Ouest) limitent le potentiel d’un effondrement durable.
· Une demande durablement affectée : La « destruction de la demande » observée en 2025 pourrait laisser des traces. Les habitudes de consommation ont changé, et la part du cacao dans les recettes de chocolat a été réduite de façon permanente dans certains segments.
· Facteurs à surveiller : L’évolution des conditions climatiques en Afrique de l’Ouest, les nouvelles données de broyage et l’application du nouveau règlement européen contre la déforestation (EUDR), qui pourrait complexifier les approvisionnements, seront décisifs pour les mois à venir.
Gérald Nyatte






