
Né le 29 mai 1983 à Yaoundé, Jean II Makoun a porté le maillot des Lions Indomptables 68 fois et marqué l’histoire du football camerounais en inscrivant le but de la victoire de l’Olympique Lyonnais face au Real Madrid le 22 février 2010, en Ligue des champions. Parti de rien, sans réseau ni académie de formation, le milieu de terrain a bâti en vingt ans de carrière européenne un parcours exemplaire fait de résilience, de sacrifices et d’une fidélité absolue à ses racines camerounaises.

Pas d’académie, pas d’agent, pas de famille dans le milieu. Juste un gamin de Yaoundé avec un ballon sous le pied et une certitude chevillée au corps : aucune porte fermée ne resterait fermée pour toujours. C’est cette conviction-là qui a tout changé. Et chaque fois qu’il rentre au pays, sa première escale reste la même : des beignets, des haricots et une bouillie de Mami Makala au bord de la rue. Les millions gagnés en Europe n’ont jamais changé ça.
La première porte fermée, c’est l’ambassade de France. À 16 ans, Joseph-Antoine Bell, ancien gardien international, le repère lors de la CAN des moins de 17 ans en 1999 et lui décroche un contrat avec le LOSC Lille. Un rêve à portée de main. Jusqu’à ce que le tampon tombe : visa refusé. Un an entier à attendre au Cameroun, sous contrat mais bloqué, suspendu entre deux vies. Une année à regarder son rêve exister sans pouvoir le vivre. Cette attente aurait pu briser n’importe qui. Elle n’a fait que tremper l’acier.
Arrivé en France fin 2000, Makoun ne s’attarde pas sur le temps perdu. Six saisons à Lille, deux participations à la Ligue des champions, un statut de pilier incontournable du milieu nordiste. En 2008, une autre porte s’ouvre : Lyon le recrute pour 14 millions d’euros. Sur le nouveau maillot, un choix fort et discret à la fois : le numéro 17, celui de Marc-Vivien Foé, mort tragiquement sur la pelouse de Gerland. Pas de communiqué, pas de déclaration tonitruante juste un geste silencieux, chargé d’une émotion que les chiffres ne peuvent pas raconter. Makoun est ainsi : la mémoire ne se négocie pas, et la grandeur n’a pas besoin de bruit.
Le 22 février 2010, une dernière porte s’ouvre et celle-là donne sur l’éternité. Face au Real Madrid en Ligue des champions, le milieu camerounais inscrit le but de la victoire lyonnaise. Ce soir-là, des milliers de Camerounais pleurent devant leurs écrans. Pas parce qu’un joueur a marqué. Mais parce qu’un enfant de Yaoundé, qui a attendu un visa pendant un an, parti sans filet et sans garantie, venait de faire trembler le club le plus titré du monde. Ce but appartient à tout un peuple.
Les blessures viendront, les clubs changeront Aston Villa, l’Olympiakos, Rennes, Antalyaspor, Chypre mais jamais une plainte, jamais un abandon. À chaque chute, le même réflexe : se relever et repartir. Avec les Lions Indomptables, 68 sélections, 10 buts, et ce bandeau camerounais vissé au bras gauche comme une déclaration d’identité qu’aucun stade européen n’a jamais réussi à faire retirer. Un homme discret, qui a toujours laissé le terrain parler à sa place.
À 43 ans aujourd’hui, Makoun transmet aux jeunes ce que personne ne lui a appris dans un manuel : que le talent sans résilience ne va nulle part, que les portes fermées ne sont pas des fins mais des épreuves, et que la vraie grandeur se construit dans les moments où tout semble perdu. Son histoire n’est pas celle d’une star. C’est celle d’un homme debout. Et c’est pour ça qu’elle durera.
Victoire Nkana



