Input your search keywords and press Enter.

Cameroun : les défis majeurs du FODECC en 2026

Le Fonds de Développement des Filières Cacao et Café tient une session d’échanges stratégique, ce mercredi 21 janvier 2026, à Yaoundé. Occasion donnée à son administrateur, Samuel Donatien Nengue, de dresser le bilan des activités de 2025 et de préparer le personnel à affronter les défis que la structure s’est imposée pour le compte de l’exercice 2026, mais également de procéder au lancement de son budget. Interview.

Quel est le budget du FODECC en 2026 et à quoi va-t-il servir ?

Le budget du Fonds de Développement des Filières Cacao et Café (FODECC : Ndlr) est équilibré aujourd’hui en recettes et dépenses à près 24 milliards Fcfa.
Au titre des enjeux majeurs, au lendemain du lancement de la campagne caféière 2025-2026 et de la tendance actuelle des prix du cacao et du café qui, somme toute, se maintiennent, l’enjeu pour le FODECC est de continuer de travailler aux côtés de nos tutelles respectives, à savoir : le Ministère du Commerce (MINCOMMERCE : Ndlr), et le Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (MINADER : Ndlr), à accompagner les stratégies gouvernementales afin de stimuler une production plus accrue de ces deux produits ; améliorer leurs qualités nettes et un meilleur positionnement sur les marchés, et conséquemment un prix un peu plus rémunérateur pour les producteurs.

Quelle est l’appréciation que vous faites de la structure des prix des produits ?

Ce qu’on observe depuis le mois de janvier de l’année en cours, c’est que la structure des prix reste encourageante. On n’a pas connu un effondrement des prix comme on aurait pu le craindre ; il y a un décrochage par rapport à ce même prix en fin de campagne 2025 où on a frôlé quand même 5000 Fcfa, le kilo de cacao. Ce qui a été un des déclancheurs de la relance véritable de la production de notre cacao et café.

Quel rôle fondamental joue le FODECC ?

S’agissant précisément du FODECC, son intervention est fondamentalement de continuer de mobiliser suffisamment de la ressource pour poursuivre sa mission qui est de financer le développement des filières cacao et café. Cette mobilisation est à la fois interne à travers les mécanismes classiques de la redevance sur la commercialisation des deux produits, et externe à travers son ouverte vers des partenaires dans le cadre d’accords spécifiques ou d’intéressements spécifiques.

Au demeurant, pour parvenir à asseoir un accompagnement décent et stratégiquement optimal des filières cacao et café, le FODECC, sur le plan interne, a bénéficié, fin 2024-début 2025, de la revalorisation de la quote part de la redevance issue à la commercialisation des produits.

Le fonds est ainsi passé d’une redevance plafonnée, à l’époque, à 16 Fcfa pour aujourd’hui cararacoler autour de 126 Fcfa.

Que retenir de cette embellie ?

Donc, on peut dire qu’il y a, auprès des autorités camerounaises, un engagement résolu, déterminé, à donner les moyens suffisants aux filières cacao et café. Et, c’est dans ce cadre que nous nous déployerons en 2026 : accompagner véritablement les deux filières grâce à ces ressources mobilisées en interne. Et, il s’agit des moyens substantiels.
Au titre de ces moyens, nous comptons permettre que les filières cacao et café bénéficient de presque 85 % de l’enveloppe budgétaire, c’est-à-dire sur 24 milliards Fcfa, qu’on parvienne à recycler 85 % de ces 24 milliards Fcfa au bénéfice de ces filières dans le cadre du financement de leur développement.
Ce financement va prendre plusieurs voies : des appuis directs pour à peu près 08 milliards Fcfa, et des appuis spécifiques au projet, adossés au développement de ces spéculations, lequel est porté par les administrations pour sensiblement 15 milliards Fcfa.
Donc, ceci porte à peu près à 20 milliards Fcfa, le montant qui sera redistribué et utilisé par l’ensemble des mécanismes de développement des filières cacao et café en 2026. C’est au plan interne.

Quelle est la feuille de route du FODECC en 2026 ?

La vitrine du FODECC, dans l’urgence, c’est la consolidation du schéma construit depuis 2020, lequel est porté fondamentalement par les guichets, en particulier le Guichet producteurs qui en est le socle. En effet, le guichet est une forme de digitalisation de l’approche des subventions à la fois pour répondre aux attentes spécifiques de chaque producteur en fonction de ses besoins et dans les délais qui lui sont compatibles avec sa production, mais également de tracer l’ensemble de ces moyens et de les démocratiser pour que les producteurs y accèdent sans que la sélection ne soit dirigée par les organes que nous représentons. Donc, c’est chaque producteur qui s’offre la possibilité de bénéficier de ces appuis-là, simplement en déclenchant le processus.
A l’heure actuelle, nous avons une base de données de 360.000 producteurs enregistrés, qui va être étendue d’ici la fin 2026.

Notre deuxième démarche pour asseoir ces guichets, c’est que, en plus de l’élargissement de notre base de données, le FODECC, à travers le guichet, voudrait pouvoir intéresser et étendre le dispositif d’accompagnement à plus de producteurs que par le passé. Nous sommes partis d’une moyenne de 24.000 producteurs satisfaits, encouragés ou appuyés chaque année depuis 2023, notre ambition étant de multiplier ce chiffre par deux. Donc, nous ciblons sensiblement 50.000 producteurs à accompagner courant 2026. Si 50.000 producteurs disposant de chacun un minimum de 02 hectares venaient à être appuyés et avec l’effet d’entraînement lié au traitement du verger, il y a lieu d’espérer l’amélioration des rendements, mieux de la production qui sera commercialisée courant 2026.

Le troisième enjeu que nous poursuivons en tant qu’institution, c’est le déploiement de deux autres sous guichets, qui sont rattachés au Guichet producteurs.
Le produit est porté par le ministère en charge de sa qualité en matière de commercialisation, le Ministère du Commerce.
Le second, la durabilité, à travers le guichet dit de transition agroécologique. Ces deux guichets vont connaître, courant 2026, leur première expérimentation. Pour ce faire, le FODECC va bénéficier des moyens additionnels apportés par un partenaire, l’Initiative des Forêts d’Afrique Centrale (CAFI), qui est un regroupement de bailleurs intéressés par la gestion durable des produits de spéculations durables comme le cacaoyer et le caféier. Ces bailleurs-là, à travers le CAFI, ont également débloqué, sous forme de dons en 2024, 22 millions de dollars, qui seront, pour la première fois, injectés dans le dispositif d’accompagnement et d’appui des producteurs constituant une partie pour le Guichet producteurs, don en appui direct- subvention. L’autre partie destinée au fonctionnement du Guichet agroécologique et du Guichet collectivités.
Ce n’est pas seulement 08 milliards FCFA de la dotation intrinsèque du gouvernement à travers la redevance, mais c’est plus 07 milliards additionnels apportés par le bailleur CAFI. Donc, c’est sensiblement 15 milliards Fcfa qui vont être injectés par le FODECC au courant de l’exercice 2026. Et, il faut le comprendre, l’injection de ces 15 milliards Fcfa du FODECC ne représente en réalité que 40 % de la masse monétaire des financements dédiés aux appuis. Le reste représentant 60 % est apporté par les producteurs eux-mêmes, c’est-à-dire 15 milliards Fcfa intrinsèquement libérés par le FODECC auquel il faut ajouter à peu près 18 milliards Fcfa apportés par les producteurs. Donc, c’est au total plus de 30 milliards Fcfa qui vont être utilisés par les producteurs, lesquels vont évidemment irriguer le dispositif d’accompagnement des producteurs. Donc, 2026 est une année charnière en raison de ce que nous faisons un saut important. On est passé du simple au quasiment double des moyens de financements.

Quels sont les défis majeurs du FODECC en 2026 ?

Pour cette raison, le FODECC s’est lancé deux défis majeurs en termes d’innovations principales qui vont avoir cours en 2026. Nous nous sommes engagés à réorganiser le FODECC en vue de faire certifier nos prestations suivant les normes universellement reconnues. La norme ISO étant la plus représentative. Nous allons donc travailler à positionner le FODECC pour être certifié ISO. C’est un des enjeux stratégiques cette année.
Le deuxième enjeu stratégique, c’est que nous souhaitons que le FODECC soit accrédité auprès des structures d’accompagnement multilatérales internationales.
Cette accréditation exige, de la part du FODECC, un changement radical de l’approche, un effort de transparence absolu, des règles de fonctionnement rodées et robustes, et évidemment des critères et des méthodes de travail compatibles avec les vérifications les plus rigoureuses qui puissent exister en matière de gestion financière.

A ces deux objectifs stratégiques, il faudra ajouter quantitativement le volume des moyens que nous allons mettre à la disposition des producteurs et et le nombre des producteurs qui devrait être impacté en 2026, soit 50.000.

Quel est le calendrier de distribution des appuis aux producteurs du cacao et café ?

Pour la distribution de la cagnotte, la première séquence commence le 26 janvier 2026. Elle va s’étaler jusqu’au 31 du même mois. La deuxième séquence interviendra au mois d’avril 2026 et la dernière séquence clôturera l’exercice en décembre.
Pourquoi ces dates ? Ce sont des périodes qui correspondent en fait aux demandes véritables des producteurs, parce qu’elles-mêmes sont guidées par les attentes du verger. Donc, aujourd’hui qu’il y a un ensoleillement fort, il y a des attaques de nuisibles et autres insectes. Donc, c’est le moment de faire du traitement dans le verger. Lorsque les pluies vont arriver, il faudra penser à engraisser la terre. Un peu plus tard, il y aura des attaques en pleine saison de pluies comme la pourriture. C’est un cycle connu de tous les producteurs. Évidemment, nous comptons le respecter, parce que c’est le producteur qui déclenche les appuis. Nous nous tenons juste à sa disposition.

Propos recueillis par Bertrand TJANI

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *