
L’État camerounais a finalisé le rachat des 51% de parts détenues par le fonds britannique Actis dans Eneo, le concessionnaire de la distribution d’électricité, pour un montant de 78 milliards de FCFA. Cette opération, intervenue le 10 février 2026, marque la renationalisation de l’entreprise et ouvre une nouvelle ère pour le secteur énergétique du pays, confronté à d’importants défis financiers et opérationnels.

Le 10 février 2026, l’État camerounais a réglé la somme de 78 milliards de FCFA (environ 119 millions d’euros) au fonds britannique Actis, concrétisant ainsi l’acquisition de ses 51% de parts dans Eneo, la société en charge de la distribution d’électricité au Cameroun. Ce paiement est intervenu six jours avant l’échéance contractuelle fixée au 16 février, et a été financé sur le budget de l’exercice 2026. Cette transaction met fin à plus de deux années de négociations entre Yaoundé et Actis, qui était entré au capital d’Eneo en 2014 en rachetant les participations de l’américain AES Corporation pour environ 220 millions de dollars. À l’issue de cette opération, l’État détient désormais 95% du capital d’Eneo, les 5% restants étant réservés aux employés. Cette recomposition actionnariale signe la renationalisation du concessionnaire et vise à instaurer une nouvelle gouvernance pour le secteur électrique.
Un comité de travail interministériel a été mis en place pour piloter la transition, avec pour objectifs de préserver les emplois et d’assurer la continuité du service. Les ministres des Finances et de l’Eau et de l’Énergie ont d’ailleurs rassuré le personnel, affirmant que « Cette opération n’entraîne aucune modification du statut ou des droits du personnel d’Eneo »
Cependant, cette reprise en main s’accompagne de défis majeurs. Eneo affichait une dette nette avoisinant les 800 milliards de FCFA fin 2024.

Le gouvernement camerounais entend refinancer cette dette, relancer les investissements et rétablir l’équilibre financier du secteur. Parmi les mesures envisagées figurent le refinancement massif de la dette, l’instauration d’une discipline de paiement (y compris pour les administrations publiques), la réduction de la fraude (estimée à 15% du système, soit 60 milliards de FCFA de pertes annuelles), et le développement de la clientèle industrielle.
Cette stratégie s’inscrit dans le cadre de l’Energy Compact signé en août 2025, qui fixe des objectifs ambitieux : atteindre 3 000 MW de capacité installée d’ici 2030 et étendre l’accès à l’électricité à huit millions de personnes supplémentaires. Les industriels, réunis au siège du Gecam à Bonanjo, ont exprimé leur souhait d’un dialogue transparent et de la mise en place d’outils de suivi opérationnel pour mesurer les progrès en production et en distribution, une condition essentielle pour maintenir la confiance des investisseurs.
Gérald Nyatte



